Une aura de légende entoure encore l'OAS (Organisation Armée Secrète). Si les ouvrages sur le sujet sont légion -et malheureusement souvent dédiés à la gloire de l'organisation-, il n'en y avait aucun qui se basait sur les archives de l'organisation elle-même. C'est désormais chose faite avec l'ouvrage d'Olivier Dard, agrégé d'histoire et aujourd'hui professeur des universités à Metz et spécialiste entre autres des droites radicales. Un membre de l'organisation lui a en effet confié les archives de l'état-major OAS-Algérie.
Pour l'historien, si l'OAS n'a pas rempli le but qu'elle s'était fixée au moment de sa création en 1961-1962, à savoir garder l'Algérie française, cela s'explique largement par des facteurs extérieurs. Elle a dû en effet affronter l'opposition du FLN, de la Vème République et de l'opinion publique métropolitaine. Cependant, l'OAS a eu aussi des atouts pour l'emporter, mais n'y est pas parvenu -preuve en est : le gouvernement n'est jamais arrivé à l'infiltrer durablement.
Premièrement, il n'y avait pas de consensus interne sur ce que devait être l'Algérie française. Ensuite, les membres de l'OAS, qui sont pour beaucoup des militaires, tablent sur le ralliement à leur cause de l'armée, qui n'intervient pas ; la place dévolue aux civils est donc réduite. L'impossibilité à réaliser l'objectif conduit enfin à une politique de terre brûlée, très préjudiciable au groupe. En outre, l'OAS est constituée de réseaux très lâches peu inféodés au centre algérois, lequel, paradoxalement, combat pour une Algérie française mais ne parvient pas à s'implanter concrètement en métropole. Alors que l'opinion publique française regarde désormais vers l'Europe, l'OAS, elle, reste engluée dans une perspective coloniale qui apparaît dépassée. Et l'OAS perd le combat moral et médiatique, en raison des attentats violents en métropole, notamment. L'OAS est alors vue comme une organisation quasi fasciste, facteur de désordre, et ce alors que De Gaulle récupère aussi la thématique anticommuniste qui est l'un des principaux slogans de l'organisation.
L'OAS disparaît d'ailleurs rapidement de l'actualité dès 1962-1963. Il faut attendre les années 90, la montée de l'islamisme, pour voir le souvenir de l'organisation se perpétuer à travers la question des lieux de mémoire de ce combat, notamment autour de la stèle érigée à Marignane.
L'ouvrage d'Olivier Dard n'est donc pas une histoire de l'OAS, de sa naissance jusqu'à son souvenir, mais bien une analyse pénétrante du fonctionnement interne de l'organisation, de ce qu'elle était et des raisons de son échec, ce qui n'enlève rien à l'intérêt de la lecture.