Extrait de l'introduction :
Imaginez, pendant un court instant, que vous n'êtes plus sur la Terre mais que vous faites un tour sur la Lune. Pour ma part, je pense que s'évader de la planète permet de remettre les choses à leur place. Retournez-vous pour admirer notre monde, et vous ne pourrez être qu'ébahi par sa beauté : une sphère étincelante bleue, blanche et verte perdue dans le vide noir absolu de l'espace.
Le disque de la Terre paraît quatre fois plus large que celui de la Lune dans notre ciel et, même à l'oeil nu, il est facile d'identifier ses caractéristiques. Mais aucune de celles-ci n'est issue de la main de l'homme. Dans une orbite spatiale à un niveau rapproché de la Terre, les villes, les principaux axes routiers et les champs sont perceptibles, mais après avoir effectué 10 % du voyage, même la Grande Muraille de Chine disparaît entièrement. Depuis la Lune, une seule structure édifiée par une communauté vivante est discernable : la Grande Barrière de Corail, une chaîne turquoise irisée qui s'étend sur plus de 2 000 kilomètres le long de la côte est de l'Australie, dans un océan bleu roi.
Les récifs coralliens, d'une beauté époustouflante et inégalable, sont certainement les écosystèmes les plus fascinants sur Terre. La vie y est étonnamment dense, multicolore, complexe et extrêmement productive. Comparés à d'autres écosystèmes océaniques, les récifs abritent les formes de vie les plus variées. En outre, ils sont indispensables à l'humanité. Ils constituent une source de revenu et un apport en nourriture essentiel pour plus de 500 millions de personnes dans plus de cent pays. De plus, ces hauts-fonds protègent les côtes de l'érosion. Les récifs ont un véritable impact sur les économies régionales. Par exemple, la Grande Barrière de Corail attire 1,8 million de touristes par an et rapporte plus de 3,3 milliards de dollars. Les écosystèmes côtiers de la Floride engendrent à eux seuls un revenu annuel d'environ 2,7 milliards de dollars. D'après les économistes, les récifs génèrent un profit mondial net d'à peu près 30 milliards de dollars par an, néanmoins, certaines estimations sont dix fois plus élevées que celle-ci.
De tels chiffres pourraient servir d'arguments particulièrement persuasifs pour nos gouvernements. Or, pour ceux d'entre nous qui ont une expérience des écosystèmes coralliens, ces données ne sont pas suffisamment prises en compte. Des chiffres exprimés en dollars ne peuvent cependant en aucun cas décrire de manière appropriée la valeur culturelle, esthétique et écologique des récifs. Ceux-ci déposent des couches épaisses de carbonate de calcium (calcaire), ils emmagasinent le carbone et contrôlent le niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Pour chaque gramme de dioxyde de carbone infiltré dans leurs tissus vivants, un autre gramme est confiné dans leur squelette. Les récifs coralliens fabriquent environ la moitié de la production totale annuelle de carbonate de calcium.
Ce sont également des banques de biodiversité marine inégalées. A ce jour, nous avons recensé à peu près 1,86 million d'espèces de plantes et d'animaux sur notre planète. Étant donné notre attrait naturel pour la terre, environ 15 % d'entre elles seulement proviennent des océans. La science a dénombré un peu moins de 100 000 espèces de plantes et d'animaux sur les récifs coralliens ; cela représente à peu près 33 % de l'ensemble des espèces peuplant les océans. Et la plupart des spécialistes s'accordent sur le fait que seule une espèce marine sur vingt a été recensée. IL faut reconnaître qu'une grande partie de la biodiversité non découverte est constituée d'espèces microscopiques, mais ce n'est pas toujours le cas ! Plusieurs photographies de ce livre en dévoilent de nouvelles jusqu'à présent non recensées. Par exemple à la page 124, vous trouverez un requin, découvert par des scientifiques en 2006, qui n'a toujours pas été baptisé de manière officielle. Quant au nombre total d'espèces peuplant les récifs coralliens, l'estimation acceptée la plus basse est de 618 000, et la plus élevée à peine moins de 10 millions.
Alex Mustard est l'un des photographes sous-marins les plus novateurs au monde. Il s'est vu décerner le premier prix au Festival mondial de l'image sous-marine à Antibes et également au concours de la BBC récompensant le meilleur photographe de la faune sauvage de l'année (BBCWildlife Photographer of the Year). Il a publié son premier livre, The Art of Diving, en 2006, et participe régulièrement à la rédaction de magazines tels que Underwater Photography ou DIVE. Son travail a aussi été publié dans .de nombreuses autres parutions du monde entier, de The Times à Professional Photographer. Afin de récompenser son travail de promotion des jeunes photographes sous-marins, Alex Mustard a reçu en 2003 le prix de la Contribution remarquable à la photographie sous-marine (Outstanding Contribution to Underwater Photography) décerné lors de la conférence annuelle Visions in the Sea. Pour ses pairs, le nom d'Alex Mustard est associé aux nouvelles techniques numériques qu'il a développées. Il est d'ailleurs précurseur en matière d'utilisation de filtres pour des prises de vues en lumière naturelle et de lentilles pour téléobjectifs sous-marins. Il affirme un style photographique qui le rend reconnaissable entre mille.