Partie à la recherche de son frère disparu dans une ville en pleine déliquescence, Anna Blume écrit une longue lettre à l'intention d'un ami d'enfance. Elle sait que de ce « pays des choses dernières » (titre original du livre), elle a fort peu de chance de revenir et sa lettre encore moins d'arriver à destination. En effet, nous nous trouvons dans un temps indéterminé, complètement post-apocalyptique. Plus rien ne fonctionne. Le civisme, la liberté, la démocratie, les institutions légales, tout a disparu. Le chaos règne en maître avec son cortège de meurtres, vols, viols et horreurs de toutes sortes. Pour survivre, les habitants en sont arrivés à récupérer les détritus et même à recycler les morts' (cf : « Soleil vert », « La route »')
Paul Auster, dont on avait apprécié la « Trilogie New Yorkaise », portée à l'écran sous le titre de « Brooklyn Boogie » et autres (tous excellents), explore dans ce livre la science fiction ou plutôt l'anticipation avec un réel talent.
La première partie fait froid dans le dos. Cet effondrement de l'Etat amène en toute logique l'ensemble des conséquences décrites. On réalise sur quelles fragilités reposent nos sociétés et comme tout pourrait facilement basculer'
Dans la seconde partie, Auster s'attache à décrire quelques personnages et situations plus positifs, ce qui lui permet de terminer le livre sur une ouverture poétique, quittant ainsi le versant de pure anticipation pour gagner celui de la philosophie et d'une certaine forme de sérénité.
L'écriture est impeccable. Auster réussit le tour de force de garder un style alerte et vivant alors qu'il n'utilise qu'un minimum de dialogues. On lâche difficilement ce roman. On souffre avec Anna et on se demande même ce qu'on pourrait bien faire si on se trouvait à sa place' Excellent !