André Suarès, écrivain injustement oublié, fut le père d'une oeuvre abondante dont émerge ce livre, peut-être le plus beau du siècle : une composition artistique, poétique et critique sur l'Italie, ses villes, ses villages, ses artistes, ses décors. Autour de trois itinéraires libres en Italie (Vers Venise, vers Florence et vers Sienne), Suarès dépeint d'une plume splendide et évocatrice les paysages et les sentiments qu'ils lui inspirent.
Ce vaste poème en prose, dense composé de toute une vie de voyages et de sensations, fait de chaque ville un tableau, de chaque minute une fresque. De la marécageuse Mantoue à la ferroviaire Milan, des splendeurs nuancées des crépuscules venitiens à l'émotion picturale et architecturale suscitée par la Toscane, Suarès transforme le récit de voyage en une vague purifiée de sensations. L'oeuvre prend souvent des tours critiques et certains monuments sont détruits pierre après pierre, mot après mot par le génie de Suarès. Les peintres et les musiciens ne sont pas oubliés : jamais l'échec de l'oeuvre artistique de Vinci n'a été plus intensément dévoilée. Suarès plane à des hauteurs inatteignables par les écrivains du jour.
Un siècle oublieux du style a enterré ce chef d'oeuvre dans les tréfonds de son histoire littéraire. Et c'est un malheur à nul autre pareil qu'il est nécessaire de combattre : le voyage du Condottiere se lit lentement, se savoure pour chaque phrase, chaque tournure, chaque mot, jusqu'à ce qu'une image se fixe à jamais dans la mémoire.
Après ces pérégrinations du Condottiere à Venise, Padoue ou Gênes, l'Italie elle-même semble transfigurée à jamais.