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Voyage au pays des Ze-Ka Broché – 26 octobre 2010


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Descriptions du produit

Extrait

Extrait de l'avant-propos

Longtemps avant la Seconde Guerre mondiale, j'avais l'intention de faire un voyage en Union soviétique.
J'habitais alors Lódz, en Pologne. Dans ce pays, la curiosité envers l'Union soviétique était grande. Paris et New York s'intéressaient autrement au pays du communisme que la Pologne, qui avait gardé le souvenir de cent cinquante ans d'occupation tsariste et de la guerre de 1920, qui avait avec lui une frontière commune, et pour qui la Russie était une menace permanente et un attrait proche. Chez nous, le parti communiste était illégal. Ce pays agraire et catholique, avec une industrie peu développée et un prolétariat insignifiant, n'était pas un terrain favorable à son développement. La jeunesse juive était communisée à 10 ou 15 %. Dieu sait l'idée que se faisaient du communisme les pauvres rêveurs des ghettos polonais ! Vers 1930, on vendait, dans les rues de Lódz, les «pamphlets» de Radek et le Matérialisme historique de Boukharine. Le jour anniversaire de la mort de Lénine, en janvier, anniversaire des «3 L», quelque part, au travers d'une rue, apparaissait un drapeau rouge et des jeunes Juifs brisaient les vitrines des magasins, juifs aussi, de la rue Piotrkowska. Les intellectuels de gauche se gavaient des poèmes de Broniewski, célébrant les «hauts-fourneaux de Magnitogorsk». Dans des petits théâtres de Varsovie, on déclamait, sous un tonnerre d'applaudissements, la Grenade de Svedov. Les touristes suivaient les itinéraires de l'Intourist pour faire connaissance avec le grand pays de la révolution.
Beaucoup d'entre eux revenaient, après une semaine passée à Moscou, avec une boîte de chocolats soviétiques et d'agréables souvenirs. L'itinéraire de deux semaines permettait de visiter l'Ukraine. A celui qui pouvait se payer un voyage de trois ou quatre semaines, s'ouvraient les villes d'eaux du Caucase et de l'Asie centrale. C'est ainsi qu'André Gide visita Gori, la patrie de Staline, et Sieburg, l'Arctique rouge. Tous ceux qui pouvaient tenir une plume ramenaient de l'Union soviétique le compte rendu de leurs impressions.
Pendant mes années de captivité soviétique, je me suis rappelé cette littérature. Certes il y avait, parmi ces reportages, des choses parfaitement travaillées, pleines d'observations fines, d'esprit et de brio. Mais, dans son ensemble, toute cette littérature n'était qu'un babillage enfantin. Les sceptiques, comme les fervents, n'ayant aucune image réelle de l'URSS, n'avaient pas le droit d'écrire sur un sujet qu'ils connaissaient aussi peu. La disproportion ridicule et tragique entre cette «littérature touristique» et la réalité soviétique est maintenant flagrante pour des milliers de gens qui, comme moi, tombèrent dans les profondeurs de l'arrière-pays, pendant la guerre.

Revue de presse

Réédité aujourd'hui sous le titre Voyage au pays des Ze-Ka, bénéficiant en outre d'une traduction révisée et complétée de chapitres qui avaient été tronqués, l'ensemble forme un témoignage terrifiant. «Celui, écrit Margolin, qui entend ces deux mots, "camps soviétiques", doit savoir qu'il ne s'agit pas simplement d'une méthode, d'un étendard, d'un symbole du régime. Des hommes enfermés : cela dépasse les limites des discussions politiques, de la propagande et de la contre-propagande.»...
Margolin, cet intellectuel myope, maladroit dans l'abattage des arbres, frôlant la mort par inanition dans les étendues blanches ou la nuit des cachots, se traînant aux côtés de «co-humains», s'en veut quand il se bat ou vole un couteau : il croit s'être ravalé au rang des «sauvages». Tout ce livre prouve le contraire, exceptionnel témoignage d'un homme de culture qui ­refuse qu'un système qui broie les hommes à coups de knouts et de slogans puisse ­jamais bénéficier du silence de l'Histoire. (Gilles Heuré - Télérama du 10 novembre 2010 )

Republié aujourd'hui dans son intégralité par Le Bruit du temps, une jeune maison d'édition à qui l'on doit l'exhumation de joyaux devenus introuvables (tels L'Anneau et le Livre de Robert Browning ou Le Timbre égyptien d'Ossip Mandelstam), ce texte est en tous points exceptionnel...
Par le regard qu'il porte sur la complexe hiérarchie des pouvoirs qui régit la vie des zeks (les prisonniers du goulag), il signe aussi (...) l'une des analyses sociologiques du goulag les plus pénétrantes, comparable sur ce point à l'oeuvre d'un Chalamov ou d'un Soljenitsyne. (Thomas Wieder - Le Monde du 18 novembre 2010 )

Il est absurde et compréhensible qu'un livre de l'importance de Voyage au pays des Ze-Ka, paru pour la première fois en 1949 sous une forme largement caviardée, n'ait jusqu'ici jamais pu figurer à sa place dans les bibliothèques : aux côtés de Si c'est un homme, de Primo Levi et des Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (entre autres, mais avant tout). Autrement dit, aux limites et au coeur de ce que la littérature peut révéler de l'espèce humaine...
Comme les oeuvres de Levi et de Chalamov, ce n'est pas seulement le livre d'un survivant, mais un livre survivant : sa vie éditoriale reflète jusqu'au comique l'expérience concentrationnaire de l'auteur par ses difficultés, les mauvais traitements qu'on lui infligea pour des raisons politiques ou commerciales, la relative indifférence qui l'accueillit. (Philippe Lançon - Libération du 18 novembre 2010 )

Voyage au pays des Ze-Ka, qui reprend le sigle z/k, ou zek, désignant à l'origine les «détenus du canal», c'est-à-dire affectés au creusement de l'ouvrage reliant la Baltique à la mer Blanche, avant de s'appliquer à tous les prisonniers du goulag, cet archipel de camps esclavagistes propre à l'URSS. Le récit reconquiert enfin sa cohérence et sa puissance, puisque l'édition de 1949, certes magnifiée par une traduction de Nina Berberova et Mina Journot, avait hélas escamoté un tiers du manuscrit, en particulier les passages les plus durs à propos du système soviétique...
Prosateur accompli, le prisonnier nous embarque. Nous sommes bouleversés par chaque mort qui tombe à nos côtés; nous sommes étreints par le souvenir d'une fillette de cinq ans qui hante un détenu; nous savons soudain gré à un cuisinier qui rajoute secrètement une portion de gruau dans l'écuelle; nous tremblons d'effroi et de colère face aux «ourki», ces truands qui imposent leur loi, au point de transformer les camps, puis toute l'URSS, à leur image. (Antoine Perraud - Télérama du 24 novembre 2010 )

Soixante ans après, le témoignage de Julius Margolin sur l'univers des camps soviétiques est republié dans son intégralité. Une oeuvre littéraire capitale. C'est une impression troublante que de tenir entre les mains un probable chef-d'oeuvre. Sans se payer de mots, Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin, récit-fleuve (plus de 700 pages) sur le goulag, mérite sa place aux côtés des écrits d'Alexandre Soljenitsyne, de Varlam Chalamov, de Vassili Grossman, ou du film d'Alexeï Guerman, Khroustaliov, ma voiture !...
Du point de vue littéraire, la singularité et la puissance de l'ouvrage résident dans la distance de l'auteur. Le zek s'efface derrière le docteur en philosophie de l'université de Berlin, résolu à analyser avec la précision d'un entomologiste cette fourmilière déshumanisée. (Emmanuel Hecht - L'Express, décembre 2010 )



Détails sur le produit

  • Broché: 781 pages
  • Editeur : Le Bruit du temps (26 octobre 2010)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2358730211
  • ISBN-13: 978-2358730211
  • Dimensions du produit: 20,5 x 5 x 13,5 cm
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par ParcForêt TOP 500 COMMENTATEURS le 12 juin 2011
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A cette question que l'on se pose souvent, l'auteur répond "oui". Il compare. Le totalitarisme nazi et soviétique. Les camps allemands et soviétiques. Le sort des juifs internés en Allemagne ou en URSS pendant les années de guerre(Margolin est, lui-même, juif, citoyen de Palestine).
On comprend qu'il n'ait pas été en odeur de sainteté auprès des communistes occidentaux de l'après-guerre. Le simple fait d'accepter de comparer les totalitarismes pourrait déjà être contesté, mais quand, en plus, la comparaison ne profite pas particulièrement au régime communiste, l'auteur s'aventure résolument en terrain miné. Cela dit, il n'avait plus grand chose à craindre, ayant vécu l'horreur qu'il décrit, dans les camps du nord de lURSS. Son témoignage de cette vie, qui se situe à la frontière de la mort, à la frontière de l'humain, est d'autant plus précieux qu'il nous livre des détails très concrets sur la vie dans les camps, leur organisation pratique, sur le processus de déshumanisation des prisonniers.
Margolin maintient, dans son récit, un recul constant qui lui permet d'analyser de manière lucide les mécanismes et le fonctionnnement de ce système. Même dans les moments où il se décrit prêt à sombrer, la narration reste sobre, fouillée.
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile  Par Néron le 17 février 2011
Un regard lucide et effroyable sur l'horreur des camps de concentration soviétique. Ce témoignage pertinent est aussi d'une grande valeur littéraire. Julius Margolin, juif polonais, est un intellectuel, docteur en philosophie, happé par la machine infernale stalinienne. Arrêté en 1939 en Pologne lors de l'invasion du pays par l'armée rouge, il sera incarcéré dans les prisons et les camps du goulag jusqu'en 1945.
Un complément indispensable aux "classiques" des témoignanges sur le Goulag et le système des camps soviétiques : L'Archipel du Goulag de Soljenitsyne , Récits de la Kolyma de Chalamov, Le cri de la Taïga de Aron Gabor, Vertige (le) de Guinzbourg Evguenia ...
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0 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile  Par Mihaela Florina Barbus le 19 février 2014
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Il faut lire tout ce que Julius Margolin a ecrit, pas seulement parceque son experience est mal connue. Il a des idees claires et une memoire tres bonne. Il est tres realiste et lucide sans insister sur les atrocities du Goulag. Il fait honneur aux juifs et il demonte le mythe que les juifs ont ete favorises (ou au moins epargnes) par Staline et le regime sovietique.
Surtout, Margolin est humain et droit. Sans exageration, il est comparable a Soljenitsyne et a Viktor Frankl.
Les traductrices, Nina Berberova et Luba Jurgenson, ont eu une contribution valeureuse.
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2 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile  Par Monique Raikovic le 21 mars 2013
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Comme le livre du retour, il fait parti d'une série de document que j'ai besoin de lire. Je le découvrirai dans la foulée du Livre du retour.
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