"Voyage sans espoir", Christian-Jaque, 1943, NB, copie parfaitement restaurée.
Un assassin en cavale (Paul Bernard, à la séduction de crapaud), son ex-amie, chanteuse de cabaret, (Simone Renant, presqu'aussi belle que dans "Quai des Orfèvres", mais presque seulement), et un jeune homme qui est parti avec la caisse (Jean Marais), joli, jovial et amoureux; un capitaine (Lucien Coëdel), son équipage louche que mène un Asiatique (Ky Duyen), obséquieux et sournois (le seul cliché du film), tout un petit monde se croyant en partance pour l'Amérique du Sud, fortune faite, mais épié, et bien épié, par un promeneur à chapeau melon et parapluie, (Louis Salou), sorte d'"inspecteur Tournesol" goguenard et désabusé, ayant un goût prononcé pour la bière à la pression... et qui seul, bien sûr, gagnera la partie.
Tourné presqu'entièrement en studio, y compris la scène du port, qui est exceptionnelle, et supérieurement photographié par ce grand opérateur qu'était Robert Le Fèbvre (Casque d'or, les Grandes Manoeuvres, Marie-Octobre), un film noir qu'on peut situer à mi-chemin du réalisme poétique et de l'expressionnisme, et riche en mots d'auteurs signés Marc-Gilbert Sauvageon, qui fera au "boulevard" la carrière que l'on sait. Exemples :
J.Marais : Je pars demain pour toujours.
S.Renant : On dit que c'est un beau pays.
S.Renant: Est-ce que je suis un monstre, Philippe ?
L.Coëdel : Vous êtes amoureuse, c'est un peu la même chose.
S.Renant : L'amour c'est comme le vent. On le prend comme il souffle.
J.Marais : Je vous avais devinée.
S.Renant : A votre âge, on ne devine pas les femmes, on les invente.
Et la plus belle réplique ! Simone Renant, répondant aux rêves d'avenir que Marais fait pour elle et lui :
Je suis comme les enfants pauvres le soir de Noël, les cadeaux me font peur.
Amer et précieux, sombre et plein de miroitements, servi par des acteurs rayonnants, un film qui m'a laissé ravi de surprise et d'émotion, les yeux pleins d'étoiles.
- En bonus, Jean Marais racontant, en 1997, ses débuts d'acteurs, la guerre, Cocteau, Moulouk, son goût pour les cascades... Vingt délicieuses minutes.