Présentation de l'éditeur
Annemarie Schwarzenbach se disait marquée par « la malédiction de la fuite ». Soucieuse de prendre ses distances avec un milieu familial qui l oppresse et la culpabilise, elle illustre aussi le « déracinement historique » de toute une génération après l effondrement des valeurs qui a résulté de la Première Guerre mondiale.
Ses voyages sont de deux sortes, auxquelles correspondent deux styles d écriture. En Europe et en Amérique, elle part à la rencontre des autres. Ses reportages - textes et photos - dénoncent l injustice sociale (aux Etats-Unis en proie à la Grande Dépression) et la menace des libertés démocratiques en Espagne, à Moscou, en France, en Allemagne où elle voit avec anxiété grossir le « nuage noir » du nazisme. Les articles qu elle publie dans la presse suisse, les lettres qu elle adresse à ses amis (Klaus Mann, Claude Bourdet), témoignent d une conscience exigeante, révoltée.
En Afrique, en Asie, elle poursuit une quête intime de sens, de vérité, qui prend une forme plus littéraire. C est en Orient, pour elle, que « bat le coeur du monde ». Ses voyages au Congo, en Turquie, en Perse, en Irak, en Afghanistan, sont comme un retour aux origines - origines de l Europe, innocence originelle d une humanité qu elle voit ailleurs emportée par un soi-disant progrès qui se révèle en réalité un facteur d abaissement. C est sous ces cieux-là qu en de rares instants de plénitude, cette mélancolique invétérée communie avec la « joyeuse sérénité de la terre ».
Biographie de l'auteur
Annemarie Schwarzenbach est née en 1908 à Zurich dans un milieu aisé. Elle étudie l histoire et la littérature et publie son premier roman en 1931. Amie de Klaus et Erica Mann, antifasciste comme eux, elle entreprend à partir de 1933 des voyages comme journaliste en Espagne, en Russie, aux Etats-Unis. Bien qu homosexuelle, elle épouse en 1935 le diplomate français Claude Clarac. En 1939/1940, elle voyage en Afghanistan avec Ella Maillart. La morphine lui vaut de fréquents séjours en clinique. Elle meurt des suites d une chute à vélo en 1942 à Sils en Engadine. Une dizaine de ses livres ont été traduits en français dont Orient exils, Les quarante colonnes du souvenir, La Vallée heureuse.
Traductrice littéraire depuis 1977, Dominique Laure Miermont s est surtout consacrée ces vingt dernières années aux uvres d Annemarie Schwarzenbach et de Klaus Mann. Elle a publié une biographie de l écrivain suisse en 2004 et fondé en 2007 l association Les Amis d Annemarie Schwarzenbach.
Nicole le Bris, traductrice, travaille depuis plusieurs années, en collaboration avec Dominique Laure Miermont, à mieux faire connaître l uvre d Annemarie Schwarzenbach.