J'ai relu avec plaisir ces deux pièces de théâtre de Jean Anouilh, que je n'avais pas relues depuis très longtemps, puisque je crois me souvenir que c'est le premier volume de l'auteur que j'ai dû lire après avoir été absolument séduit, lycéen, par le remarquable
Antigone.
A l'époque, le thème de l'amnésie me plaisait. Il me paraît sans doute moins original aujourd'hui, mais cela reste un thème qui intrigue, suscite de
l'intérêt et de la curiosité.
Dans "le voyageur sans bagage", à travers un style très caractéristique de Jean Anouilh, on éprouve donc ici les sensations d'un homme confronté à son passé. Qui était-il ? Il ne s'en souvient absolument pas. Pas l'ombre d'un souvenir. Or, plusieurs familles prétendent qu'il est un de leurs parents et se disputent le droit de le récupérer.
L'heure est donc à la confrontation avec ces familles, et peut-être avec son histoire.
Vient donc le moment de la rencontre avec la première famille.
Gaston (puisque c'est ainsi qu'on le prénomme depuis 17 ans, en absence de connaissance de son identité) espère trouver des éléments positifs de son passé, des moments de joie ou de bonheur.
Malheureusement, c'est un personnage bien peu sympathique qu'on commence par lui présenter, à l'opposé radical de ce qu'il est depuis ces 17 dernières années qui ont suivi sa perte de mémoire.
Et il va aller de surprise en surprise...
Est-il possible que ce personnage si peu engageant qu'on lui dépeint soit lui-même ? Et quels souvenirs agréables de cet homme peut-on au moins lui présenter ? Et si on lui décrivait quelqu'un d'autre ? Les autres familles auront-elles un homme plus respectable à lui décrire ?
Où en est, dans tout cela, sa véritable liberté ? Est-il prisonnier d'un passé qui lui échappe ou peut-il encore choisir son avenir ?
Une situation inédite, qu'il va devoir affronter avec douleur, circonspection et incrédulité.
La seconde pièce, "Le bal des voleurs", est une pièce vivante, assez joyeuse, au caractère tragi-comique, digne des bonnes oeuvres du théâtre, celles qui permettent de passer un bon moment (même si j'ai lu toutes les pièces de Jean Anouilh sans jamais les imaginer dans un univers théâtral, ni en allant jamais voir de représentation à l'exception d'une pièce réalisée par des amateurs il y a quelques années).
Avec en arrière-plan, au-delà de l'aspect comique, quelques thèmes chers à Jean Anouilh, à l'image des amours contrariées, de la pureté des amours naissantes et des désillusions de celles qui ont vécu, ou de la mauvaise foi, des petites lâchetés et de l'avidité, sentiments assez bien partagés (et que l'on retrouve aussi dans la première pièce, même sous une autre forme).
Une pièce agréable à lire, à mon sens réussie. Que, une fois n'est pas coutume, j'arrive bien à imaginer en un jeu de scène pour lequel elle me semble parfaitement adaptée.
Deux belles pièces, donc, à lire pour le plaisir.