W ou le souvenir d'enfance est un des sommets de l'oeuvre de Georges Perec. Ce "roman" est constitué de deux récits alternés - et en fait de trois histoires : d'une part, des souvenirs épars de l'enfance de Perec (les images floues de ses parents disparus pendant la guerre, des épisodes alpestres consécutifs à sa fuite en zone libre, quelques souvenirs plus précis des tantes et cousins qui l'ont accueilli), d'autre part, deux histoires purement fictives : celle d'un déserteur qui a usurpé une identité qui le rattrape et, partie la plus considérable du roman, la description des moeurs et coutumes d'une île où le sport est principe supérieur, l'olympisme valeur fondamentale, la compétition entre athlètes règle quotidienne. Une société parfaitement fasciste.
Naturellement, de multiples correspondances sont tissées entre ces trois plans. Si le récit autobiographique touche par sa modestie et sa simplicité (et rappelle un peu Modiano), les récits imaginaires enthousiasment par leur verve, leur burlesque, leur délire (et rappellent un peu Bolano). Le tragique éclaire le comique, la mémoire nourrit l'imagination, l'auteur est un et multiple : W est un chef d'oeuvre.