Cette Walkyrie célébrissime est présentée dans le Guide des opéras de Wagner comme tout bonnement la meilleure intégrale de studio. Avec presque 40 ans de recul, on peut tout de même se permettre de modérer ce jugement. Par rapport à Solti et Leinsdorf, pour ne rien dire des versions postérieures, elle a certes l'avantage d'un concept d'ensemble qui lui assure une identité définie dans la mémoire de l'auditeur. La transparence, la finesse et l'ampleur de l'image orchestrale est certes sans précédent et c'est bien un gain car, pour paraphraser Fischer-Dieskau, qui s'y connaît, chez Wagner, l'orchestre n'accompagne pas la voix mais c'est le chant qui se greffe sur l'orchestre. Pour autant, l'Orchestre philharmonique de Berlin est quand même bien rutilant et apprêté. Le bilan vocal est quant à lui en demi-teintes, mal gré qu'on en ait. D'abord, les tempi très modérés obligent les chanteurs à tenir chaque note et chaque syllabe un peu trop longtemps pour que la parole ne succombe pas à la musique, contrairement au miracle de Bruno Walter ou Clemens Krauss, à savoir l'impression d'entendre les personnages parler et non les chanteurs chanter. Gundula Janowitz est surdistribuée, sans appel : sa voix, placée en exergue artificiellement par le mixage pour ne pas être totalement noyée dans l'orchestre, a de ce fait quelque chose de surnaturel au mauvais sens du terme. Son interprétation est certes d'une fraîcheur appréciable, mais sans la passion de Lehmann, Rysanek ni même Resnik, cette fraîcheur tourne à la fadeur. Que reste-t-il donc d'elle ? Son timbre ? Mais sa voix étant forcée à ce point au-delà de ses possibilités réelles, il n'a jamais paru moins beau. Vickers, Siegmund idéal pourtant, se prend lui aussi les pieds dans l'allongement des valeurs, qui lui permet de minauder. Crespin, elle, s'en sort admirablement, et on ne peut que regretter que Karajan se soit rabattu pour le 3° acte de Siegfried, pourtant plus court et plus lyrique, sur Dernesch, pourtant moins bien dotée. Josephine Veasey est quant à elle une excellente Fricka, et le meilleur de ce coffret est peut-être le Wotan de Thomas Stewart. Si sa voix n'est fondamentalement ni plus grande ni plus étendue que celle de Fischer-Dieskau, elle est en revanche plus corsée, moins claire, ce qui la rend plus crédible dans les emplois héroïques, sans même parler de l'interprétation, bien moins maniérée mais tout aussi nuancée et riche de sens. Confirmant et complétant ses magnifiques Amfortas et Sachs, voilà en définitive la grande réussite de cette tentative d'allègement des standards wagnériens.