Quel drôle d'oiseau ce Morrison ! Lui dont j'ai toujours trouvé le style froid , clinique , distant lorsqu'il décrit les relations humaines de ses personnages , voilà t'il pas qu'il s'imagine en médecin indienne capable de communiquer avec les animaux. Une phrase le trahit au début de l'histoire ; il est dit que Roseanne communique mieux avec les animaux qu'avec les hommes ! On parle de qui là Grant ?
Urban Comics réedite la version DE LUXE de l'album : on y perd le papier glacé pour un papier buvard épais odorant mais 20 pages de "making of" avec extrait de scénarios et crayonnés de Quitely .L'hypertrophie du Moi de Morrison s'y déchaîne . Dans le Pitch envoyé à Vertigo , Morrison promet une oeuvre révolutionnaire aux dessins qui feront date et une histoire jamais lu avant ...
Lorsque l'on connait le bonhomme , ce qui pouvait être franchement gonflant d'un type toujours si satisfait de lui même en devient attachant .
A l'époque Morrison sort d'un run des Xmen qui à défaut d'être exceptionnel ( anachronisme , fautes de script , psychologie des personnages à la truelle ) est le seul passage original et d'une intégrité artistique certaine pour les mutants .
WE3 n'est rien d'autre que le
(Weapon X) BY (Windsor-Smith, Barry) on 2009 de Morrison ! Des animaux enlevés subissent des expériences cruelles les transformant en super soldats cyborgs . Et bien sûr , les cobayes se transforment en bourreau à l'innocence maculée de sang en voulant s’échapper . Logan avait un squelette de métal ; les animaux , un exosquelette . Logan , rabaissé à la condition animale ne parle quasiment pas de l'histoire ; les WE3 sont dotés de capacités limités de paroles . Enfin , Morrison n'hésite pas à reprendre les leitmotiv répétitifs de Weapon X ( ce que Larry Hama appelait la rythmique du récit) pour les intégrer aux WE3 ,qui, en singes savants , répètent ce que l'homme leur a appris : bon chien , Chef Nul , Oh Oh !
Ceux qui connaissent le film
White Dog [Import USA Zone 1] de Samuel Fuller , inspiré du livre de Romain Gary
Chien blanc se rappelleront que Morrison n'est pas le premier à imaginer des animaux dressés pour tuer avec une femme dans le rôle de la rédemptrice .
A défaut d'originalité donc , Morrison pond quand même un pitch efficace . Son scénario tient dans un mouchoir de poche , mais certains moments sont très réussis. Il est ainsi possible de s'attacher au lapin , au chien et au chat qui ont un ersatz de personnalité . L'humour et la tendresse de Morrison pour ces bêtes y est manifeste : Le chat rebelle , Le chien fidèle à l'homme , et le lapin crétin qui passe son temps à déféquer...des bombes ! Les dialogues que les animaux répètent à l'envi , vidés de leur substance humaine parviennent à refléter leurs émotions déchirées entre leur instinct pacifique et celui de survie .
Contrairement à Vaughan dans
Les Seigneurs de Bagdad, les animaux ne sont pas des victimes ; les We 3 répondent , déchiquettent et se paient même le luxe d'un Happy End . Un grand sentimental ce Grant !
Je ne suis pas sensible à la virtuosité technique que ce soit en musique ou en dessin . Buddy Guy disait à propos de la musique " La musique , c'est comme le sexe : la technique c'est pas mal , les sentiments c'est mieux " Les pages bonus nous expliquent la virtuosité de Quitely notamment sur les 60 cases de la video surveillance . C'est très efficace mais parfaitement dispensable pour moi . Mais on comprend très vite en lisant le script de Morrison un peu brouillon , que l'art de Quitely consistera à privilégier la forme sur le fond.
Au final , un peu comme le
Black summer de l'ami Ellis , WE3 aurait gagné à un scénario plus développé au vu de ses ambitions démesurées . Il n'en reste pas moins une oeuvre attachante , divertissante et bien rythmée qui vous fera réfléchir à deux fois la prochaine fois que vous gueulerez sur votre chat !
Et puis cette phrase culte : " Homme Nnnul"!