Depuis l'année 1844, Richard Wagner étudiait de près les sources germaniques et scandinaves de la fameuse légende de "Siegfried". Le 4 octobre 1848, il rédigea un synopsis actanciel du "Mythe des Nibelungen comme projet de drame", qui fut suivi un peu moins deux mois plus tard (le 28 novembre 1848) d'un poème d'opéra, "La Mort de Siegfried", germe de sa future "Tétralogie", "L'Anneau du Nibelung". Le 15 décembre 1852, Richard Wagner acheva totalement son poème du "Ring" ; la composition musicale de la "Tétralogie", telle qu'elle existe sous sa forme actuelle (le prologue opératique "L'Or du Rhin" et les trois opéras suivants "La Walkyrie", "Siegfried" et "Le Crépuscule des Dieux"), s'échelonna quant à elle sur vingt-et-un ans de travail, et sera définitivement conclue le 21 novembre 1874. Dans la génèse de cette grandiose fresque sonore, l'opéra "L'Or du Rhin" en est donc le prologue, mais il a été conçu le dernier. En 1864, Richard Wagner gagna la protection du roi Louis II de Bavière et obtint un contrat de trente mille florins sur sa future "Tétralogie", dont plus de la moitié furent versés séance tenante. Cinq ans plus tard, le roi n'en put plus d'attendre et ordonna de produire à Munich les deux premiers volets du cycle. Bien qu'une telle représentation partielle fut contraire au principe de l'oeuvre, Richard Wagner ne fut pas en mesure de s'y opposer et donna son consentement, en choisissant lui-même le metteur en scène (Reinhard Hallwachs), le régisseur (Karl Brandt), et le chef d'orchestre (Hans Richter). Les préparatifs de la création furent troublés par l'incompétence de l'intendant du "Königliches Hof - und National Theater" de Munich ; un chef d'orchestre plus "docile" aux exigences du roi remplaça Hans Richter (Franz Wüllner). La création de "L'Or du Rhin" eut lieu dans ce même théâtre munichois, le 22 septembre 1869.
La démarche de la pensée du compositeur fut ainsi conforme au tracas qu'il avait de vouloir exprimer le "purement humain" et de remonter aux sources primordiales permettant d'atteindre d'une façon intuitive et sensible la quintessence des êtres et des choses. Selon la volonté de Richard Wagner, les quatres opéras formant "L'Anneau du Nibelung" doivent se jouer en quatre soirées consécutives ; le prologue "L'Or du Rhin" est le plus important des quatre opéras, qui permet une compréhension maximale de l'ensemble, car les trois autres opéras ne sont que le développement des embryons contenus dans "L'Or du Rhin" et la conséquence des actes dont il informe l'auditeur. Le premier tableau de "L'Or du Rhin" installe les éléments dialectiques du drame dans l'opposition fondamentale de la vie émotionnelle et de la volonté de puissance. Les protagonistes du drame intégral sont déjà nettement définis dans "L'Or du Rhin" ; leur psychologie, les tendances qu'ils révèlent, les buts qu'ils poursuivent, laissent entrevoir sans ambiguité l'évolution ultérieure du drame et la nature des divers conflits qui vont surgir. Cette exposition préalable est également amplifiée par la matière thématique de la partition. Les musicologues ont souvent désigné sous le nom d'"Ur-Melodie" la pédale de mi bémol des cent trente-six mesures du prélude et la mélodie qui émerge peu à peu des abysses de l'orchestre. Effectivement, c'est la création d'un monde qu'elle évoque, mais les autres thèmes ne sont pas moins significatifs ; leur connaissance est indispensable puisqu'ils accompagnent le drame au cours des trois "journées" suivantes en soulignant par leur rappel la continuité de l'action, en laissant présager aussi ce que le dialogue ne dit pas clairement. Le sens philosophique de la "Tétralogie" se dessine donc déjà très nettement dans le prologue et permet de pressentir l'apothéose rédemptrice au-delà du conflit qui s'esquisse entre la toute-puissance de l'or et l'amour, entre les forces irréductiblement antagonistes du matérialisme de la vie spirituelle. L'auditeur retrouve dans ces thèmes philosophiques les idées primordiales du romantisme allemand en général sur la vie et la mort, sur la destinée humaine et la valeur trompeuse de l'action.
Voici l'argument de "L'Or du Rhin", prologue essentiel de la "Tétralogie" de Richard Wagner. Les trois "filles du Rhin", Woglinde, Wellgunde et Flosshilde jouent sur le lit du fleuve. Alberich, un nain de Nibelung, surgit et fait la cour aux trois soeurs, qui repoussent ses avances. Mais soudain, Alberich remarque un éclat doré qui provient d'un rocher mitoyen. Les trois soeurs lui disent qu'il s'agit de l'or du Rhin, que leur père leur a dit de garder précieusement : celui qui renonce à l'amour peut en faire un anneau magique, qui permettra à son porteur de régner sur le monde. Aigri par les moqueries des trois soeurs à son égard, Alberich maudit l'amour, arrache l'or du récif et s'en empare. Wotan, souverain des dieux germaniques, est endormi au sommet d'une montagne avec son épouse Fricka. Cette dernière s'éveille et aperçoit un majestueux château derrière eux. Elle réveille Wotan et lui montre que leur nouvelle demeure est enfin accomplie. Ce sont les géants Fafner et Fasolt, deux frères, qui érigèrent le château ; en échange, Wotan leur a promis la déesse de la jeunesse Freia, soeur de Fricka. Mais Wotan est convaincu qu'il n'aura pas à donner Freia aux géants. Lorsque Fafner et Fasolt arrivent pour réclamer leur "salaire", Donner, dieu du tonnerre, et Froh, le dieu du printemps, surgissent pour défendre leur soeur Freia ; mais Wotan les stoppent, car ils ne peuvent pas arrêter les géants par la force. Wotan avoue alors son arrangement. Loge, le dieu du feu, apparaît : Wotan a placé tous ses espoirs dans le fait que Loge puisse trouver un moyen rusé de tourner l'affaire à son avantage. Loge explique aux géants l'acte commis par le nain, en sous-entendant qu'ils peuvent voler l'anneau magique à Alberich. Fafner demande alors comme salaire le puissant anneau à la place de Freia. Les géants disparaissent, emmenant avec eux Freia en otage (les pommes d'or que cultivaient Freia gardaient les dieux éternellement jeunes ; avec son absence, ils commencent donc à vieillir et à s'affaiblir). Pour recouvrer la liberté de Freia, Wotan est contraint de suivre Loge sous terre, à la poursuite de l'anneau. En Nibelheim, Alberich, grâce à son nouveau pouvoir, a asservi le reste des nains et a obligé son frère Mime, habile forgeron, à créer un heaume magique : le Tarnhelm, qui permet de rendre invisible celui qui le porte. Lorsque Wotan et Loge se présentent devant Alberich, celui-ci se vante de ses plans pour dominer le monde. Loge le piège en lui faisant montrer la magie de son heaume, en le forçant à se transformer en dragon et en crapaud. Les dieux s'emparent alors de lui et l'amènent à la surface. Arrivés au sommet de la montagne, Wotan et Loge contraignent Alberich à échanger sa richesse contre sa liberté. Ils détachent sa main droite, et le nain utilise l'anneau pour appeler ses esclaves afin qu'ils lui apportent l'or. Enfin, Wotan lui réclame de céder l'anneau : évidemment, le nain refuse, mais Wotan lui arrache de force de son doigt pour le placer sur le sien. Alberich, anéanti par sa perte, maudit l'anneau avant de partir : quiconque le possèdera ne recevra que le malheur et la mort. Fricka, Donner et Froh arrivent et sont accueillis par Wotan et Loge, qui leur montrent que l'or va servir à racheter Freia. Fafner et Fasolt reviennent, gardant Freia. Réticent à relâcher Freia, Fasolt déclare qu'il doit y avoir assez d'or pour la cacher de ses yeux. Les dieux entassent l'or sur Freia, mais Fasolt découvre une fente dans l'or et demande à Wotan de retirer l'anneau magique pour boucher le trou. Wotan refuse. Tout à coup, Erda, la déesse de la terre, apparaît depuis le sol. Elle prévient Wotan de la fatalité imminente et l'exhorte à éviter l'anneau maudit. Wotan, docile, cède l'anneau et libère ainsi Freia. Les géants se disputent au sujet de l'anneau ; Fafner assomme à mort son frère Fasolt et s'enfuit avec le butin. Finalement, les dieux préparent leur entrée dans leur nouvelle demeure. Donner invoque un orage pour nettoyer l'air. Après la tempête, Froh créé un arc-en-ciel qui s'étire jusqu'au seuil du château. Wotan nomme le château "Walhalla" ; Fricka le questionne au sujet de ce nom, mais son époux lui répond que la signification sera dévoilée plus tard. Loge, qui sait que la fin des dieux est proche, hésite à suivre les autres dans le Walhalla ; en-dessous, les "filles du Rhin" pleurent la perte de leur or.
C'est donc Richard Wagner lui-même qui rédigea le livret. Il est bon de rappeller que ce prologue de la "Tétralogie" ne comporte pas de choeurs.
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