Comme les trois autres Ring que je possède (
Krauss,
Böhm et
Karajan), celui-ci se révèle imparfait, mais de très haute qualité.
D'abord, la direction d'orchestre est excellente: Bernard Haitink trouve en effet l'équilibre quasi idéal entre les grands effets de masse et le raffinement. Il n'est jamais excessivement retenu comme l'est parfois Karajan, mais il sait s'attarder et rêver plus que Böhm, qui est constamment dans l'énergie. Haitink est donc assez proche de l'excellent Krauss, qui est malheureusement, lui, privé d'une prise de son stéréophonique et vraiment présente. Notons, de plus, que le Symphonieorchester des bayerischen Rundfunks est un orchestre remarquable.
Ensuite, les chanteurs sont soit excellents, soit vraiment touchants: James Morris est un merveilleux Wotan, Siegfried Jerusalem un grand Siegfried, Cheryl Studer une très touchante Sieglinde et tous les rôles dits "secondaires" sont distribués de façon extraordinairement luxueuse. Songez un peu: Marjana Lipovsek et Waltraud Meier en Fricka, Peter Seiffert en Froh, Peter Haage en Mime, Andreas Schmidt en Donner, Kiri Te Kanawa en Oiseau de la forêt, John Tomlinson en Hagen, Thomas Hampson en Gunther, Jard van Nes, Anne Sofie von Otter et Jane Eaglen en Nornes!
Restent trois rôles qui sont souvent critiqués, de façon en partie injuste à mon sens: il est vrai que le Siegmund de Reiner Goldberg est plutôt pâle, mais il est tout de même très acceptable. Il est vrai que la voix de Theo Adam est un peu usée pour Alberich, mais l'interprétation du rôle reste très intelligente et finalement satisfaisante. Il est vrai aussi que la voix d'Eva Marton (Brünnhilde) a tendance à vibrer de façon un peu excessive dès qu'elle est sous pression. Je trouve néanmoins son incarnation profondément touchante et engagée, et je la préfère à celle, parfaite mais glaciale, de Birgit Nilsson chez Böhm. Je rappelle aussi à ceux qui seraient tentés d'ignorer cette version à cause d'Eva Marton qu'Astrid Varnay, qui a proposé l'une des incarnations les plus marquantes de Brünnhilde n'avait pas non plus une voix irréprochable, loin de là: écoutez son interprétation chez Krauss!
Cette distribution est donc imparfaite, mais elle a des qualités qu'on découvre avec joie et dont on ne voudrait plus se passer une fois qu'on les connaît.
Pour finir, ces enregistrements réalisés de 1988 à 1991 bénéficient d'une prise de son en studio qui, sans être exceptionnelle (sur ce point le Ring de Karajan est supérieur) est néanmoins très bonne et permet de savourer pleinement la fascinante écriture orchestrale de Wagner.
Au prix dérisoire où il est proposé, ce Ring constitue donc une affaire à ne pas manquer. N.B.: pour ce prix-là, il n'y a évidemment pas les livrets des quatre opéras, mais on peut les télécharger sur le site officiel d'EMI Classics (rubrique "Series", sous-rubrique "The Opera Series", sous-rubrique "Catalogue").