Commentaire fait d'après l'édition Myto
Die Meistersinger.
Je connais cet enregistrement dans l'édition de Myto et sauf erreur, que je ne manquerai pas de corriger si on me la signale, c'est le même. Selon Myto, ce serait un enregistrement en public; or on n'entend pas le public : il s'agit donc de studio, ainsi que le confirment les autres commentateurs. Pourquoi ces Maîtres-chanteurs, que Piotr Kaminski dans le guide Fayard des opéras de Wagner (édition 1994) place au premier rang, devant Kempe, Jochum et Reiner (et évidemment Karajan), en signalant qu'ils n'étaient pas parus dans la précédente édition, ont-il eu une histoire aussi atypique? Affaire de droits ? Peu importe, puisque nous l'avons maintenant. Il semblerait que le son de cette édition soit meilleur que celui de Myto. Peut-être.
La direction de Kubelik, ardente sans emphase, souple et néanmoins précise, vaut mieux de toute façon que celle de Karajan, ou du moins que ce les artifices du mixage en ont fait; sa fraicheur, sa légèreté, qui n'est pas superficialité, conviennent à un opéra dont le propos n'a pas la gravité d'autres oeuvres de Wagner. La Magdalene de Brigitte Fassbaender est superlative, Walther, un des meilleurs ou le meilleur de la discographie, a tout le charme nécessaire (c'est Sándor Konya), Gundula Janowitz en Eva est à son sommet vocal, puisqu'on est en 1967 et qu'elle n'a que 35 ans et Thomas Stewart a toute la puissance et l'autorité de Hans Sachs, même s'il y en a eu d'autres. Dans la distribution, on relève aussi Franz Crass, Gerhard Unger ...
Le Beckmesser de Thomas Hemsley fait preuve de sobriété si l'on veut être favorable, n'est pas un Beckmesser sinon. Dans ce rôle le charme est une catastrophe et on ne doit pas le prendre pour un autre Stolzing à la tessiture plus grave, ce qu'on risque de faire à plusieurs reprises si on ne regarde pas le livret. Beckmesser doit chanter et pas seulement montrer une étroitesse de pensée comique et antipathique : à cet égard, Erich Kunz était capable de faire les deux
Meistersinger Abendroth 1943; mais n'est pas Erich Kunz qui veut. Je suis réservé devant le refus de faire de Beckmesser un personnage comique s'il est capable aussi de chanter et pas seulement de caractériser, alors que Wagner l'a voulu ridicule et odieux; par ailleurs, on ne se prive pas, dans l'Or du Rhin, de faire subir un sort pire à Loge (cf. Stolze, Zednik, Clark...), qui exprime pourtant la pensée même de Wagner dans l'avertissement final et dont le caractère d'intelligente duplicité et de débrouillardise n'est pas dépourvu de ressemblances avec celui du compositeur.