Au sein de cette Walkyrie ce cache le meilleur et le moins bon de la version Solti, sorte de concentré des autres journées dirigées par le chef éponyme.
Je m'explique : cette Walkyrie brille, tout d'abord et comme c'est le cas du reste du Ring, par son incroyable interprétation ainsi que son indéniable unité vocale. Le Siegmund de King est à mon sens le seul Siegmund que l'on devrait retenir ; loin de la fébrilité d'un Vinay, loin, très loin des approximations d'un Lakes ou d'un Goldberg, King est le seul interprète qui confère à ce rôle une mystérieuse profondeur, doublé d'une passion peut commune. Tour à tour sombre, emporté, amoureux, cette interprétation est une splendeur. Son duo avec Crespin dans le rôle de Sieglinde, mais surtout le dialogue passionné aux accents de douleur avec Nilsson dans le rôle de Brunnhilde est certainement de toute la discographie, toutes versions confondues, la plus belle et la plus émouvante.
La direction, claire et efficace, met habilement en exergue ce passage clef, et la tension semble peu à peu monter crescendo pour finir en apocalypse sous les aigus quasi-hystériques d'une Nilsson hors d'elle.
Mais, malheureusement, le « plus » ce transforme en « moins », lorsque l'association Solti-Nilsson confère à certain passage un son désagréable, proche de la saturation (le Crépuscule souffre également de cela à certain moment), ou nous avons l'impression tout à coup que ces cuivres tant aimés et si vivants se transforment en cuivres obscènes à la limite de l'écoutable.
La Chevauchée souffre également de cette vision pesante, grasse et quelque peu lourde qu'un Krauss, par exemple, a su parfaitement éviter, rendant ce passage tout en fluidité et en légèreté. Et c'est dans ces moments là que nous avons le sentiment paradoxal de « détester » Solti exactement là où nous l'avons tant aimé, c'est à dire au sein de cette direction tonitruante, habile et tourmentée.
Pour conclure, l'interprétation, chose rare, se fait à la limite du parfait chez Solti, mais souffre de temps en temps d'une vision pesante des événements. A contrario, la direction chez Krauss se fait plus fine (dès fois à la limite de la légèreté) avec en prime un final étourdissant de beauté, mais ne brille guère, en général, par sa distribution quelque peu fadasse (mis à part Hotter et Varnay). Chacun trouvera ce qu'il recherche, mais pour ma part, c'est deux versions de la Walkyrie (dans leur ensemble) restent toutefois les meilleures à ce jour.