Les Maîtres-chanteurs sont peut-être l'opéra de Wagner dont il est le plus difficile de trouver un enregistrement complètement satisfaisant. La deuxième version Decca-Solti, à ce compte, mérite d'être écoutée attentivement. On y trouvera d'abord une prestation orchestrale au-delà des mots, par la grâce du Chicago Symphony. Solti, à la fin de sa vie, tentait de lutter contre les raideurs, les à-coups et les froideurs de sa direction. Il réussit ici à faire sourire l'orchestre et à donner au mouvement une fluidité appréciable. On comparera avec intérêt les minutages de ce coffret à ceux de Kempe (chez EMI, avec le Philharmonique de Berlin). Soit Solti est arrivé partout aux mêmes conclusions que Kempe en étudiant la partition, soit c'est l'enregistrement de Kempe qu'il a étudié : la similitude est confondante. On ne s'en plaindra pas, tant il est vrai que Kempe avait déposé là un modèle de direction des Meistersinger.
Dans le rôle de Sachs, il est à peu près aussi facile de passer après Schorr et Hotter qu'après Lehmann dans Sieglinde ou Melchior dans Tristan, on sera donc modérément sévère avec Van Dam. Mais si ce Saint François d'Assise, ce Jochanaan a plus que quiconque la noble sagesse du cordonnier, en a-t-il véritablement le format vocal, celui d'un Hollandais, rôle où, précisément, il marquait le pas ? La question reste ouverte. Par ailleurs, je dois avouer que suivant les jours, sa composition m'apparaît tantôt très convaincante, tantôt au contraire complètement artificielle. Mattila n'est pas la plus blonde des Eva, question de luminosité comme de franchise, mais son investissement dans le rôle a raison des réticences. Heppner fait partie des très bons Stolzing, un des emplois les plus évidents pour sa voix que par analogie on qualifierait volontiers de jugendlich-dramatisch. Vermillion se défend dans Magdalene, mais en David la voix légère et monochrome de Lippert est assez lassante, malgré les qualités du chanteur et de l'interprète. En revanche, on tient en Alan Opie un Beckmesser proche de l'absolu, pulvérisant des générations de bouffons : lui seul ou presque allie dans le rôle la virtuosité du Meistersinger (qui fait irrésistiblement penser à un certain Dietrisch Fischer-Dieskau) à la noirceur et à l'acharnement d'un Alberich. René Pape est déjà excellent en Pogner et on notera l'apparition d'Albert Dohmen en Kothner.
Globalement une des intégrales les plus recommandables.