Wagner "Die Meistersinger von Nürnberg" (1868), Jochum, Berlin studio 1976, 4 CDs DG, notice et livret en all., anglais et fr.
A l'heure où vient de s'éteindre un des plus grands chanteurs du XX°siècle, celui qui a marqué le chant classique d'une empreinte unique, indélébile, hors de tout sectarisme ou a priori, qui a été le chant tout court, pas le chant allemand, le chant italien, russe, ou français, non, mais LE chant, dans son acception pleine et entière, parce que Dietrich Fischer-Dieskau l'avait fait sien, plein et entier, avec une intelligence rare; à l'heure d'exprimer ma tristesse mais également une immense gratitude devant le legs discographique inépuisable qu'il nous laisse, j'ai choisi, en wagnérien fervent, de parler de son Hans Sachs, un des rôles où je le préfère.
Célébrés à leur sortie comme un événement majeur, trop décriés depuis, ces "Meistersinger" ne sont certes pas parfaits : les interprétations parfaites, si elles existaient, seraient bien ennuyeuses, mais ils sont excitants, c'est mieux.
Passons sur une Eva maigrichonne (Catarina Ligendza), un Pogner laborieux (Peter Lagger), ou sur la direction un peu sèche peut-être mais raffinée d'Eugen Jochum, pour célébrer l'excellent Beckmesser de Roland Hermann, le David juvénile à souhait de Horst Laubenthal, la somptueuse Magdalene de Christa Ludwig, le luxuriant Walther de Placido Domingo, et enfin le Hans Sachs de Di Fi-Di (diminutif affectueux et nullement irrévérencieux!)
Certes, il n'avait peut-être pas totalement le matériau vocal requis (alors qu'il avait celui exigé pour Beckmesser, rôle qu'il n'a jamais enregistré, hélas ! et qu'il aurait confisqué pour toujours), mais on ne peut rester insensible à l'"interprétation", dans le sens fort du terme, qu'il donne du personnage de Hans Sachs, à une telle science du chant, à cet art proprement infaillible qu'avait Fischer-Dieskau de tirer tout le parti possible de ses moyens, forces et faiblesses confondues, à la perfection de la diction, sans laquelle il n'y a pas de bon chant, à la pureté de l'élocution, et à la beauté si particulière du timbre qui, mais cela est tout à fait personnel, m'enchantera toujours.
Ayant découvert "Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg" dans cette version à la fin des années 70, je lui garde une tendresse toute particulière : elle est de ces versions qu'on réécoute comme on rentre à la maison, et l'on se dit qu'il serait fou de se priver d'entendre un des plus grands barytons de l'histoire dans un des plus beaux rôles qui aient été composés pour cette tessiture.
Non pas adieu, Monsieur, car vous ne nous quitterez jamais, mais merci !