Cette production enregistrée à Bayreuth en juin/juillet 1990 n'est peut-être pas parfaite, mais elle a suffisamment de qualités pour mériter largement 5 étoiles.
La mise en scène, d'abord, qui est signée Werner Herzog, est vraiment convaincante: les costumes sont, dans l'ensemble, très beaux (même si je n'adore pas la robe bleutée de Lohengrin); les deux arrivées du Cygne (actes I et III) dans un panache de fumée colorée par une lumière verte très électrique fonctionnent bien; le rendez-vous maléfique d'Ortrud et Telramund, sous une lune blafarde qui se réfléchit dans l'eau est remarquable; enfin la transformation du Cygne en Godefroid sous une neige intense est très émouvante.
Côté chanteurs, on va du bon à l'excellent: Lohengrin, Heinrich et le Héraut sont bien chantés par Paul Frey, Manfred Schenk et Eike Wilm Schulte, sans pour autant marquer durablement. Elsa, elle, est chantée de manière absolument admirable par Cheryl Studer, dont le timbre, à la fois pur, rond et riche, est magnifique. Quant aux deux méchants, ils sont remarquablement incarnés: Ekkehard Wlaschiha, magnifique Alberich dans le
Ring de Levine, a la voix et la méchanceté indispensables à Telramund; et Gabriele Schnaut, avec sa voix parfois un peu stridente donne à Ortrud une présence effrayante qui ne laisse pas indemne. Le moment le plus puissant de cette production est donc, selon moi, celui qui réunit les trois meilleurs protagonistes: la première partie de l'acte II (cette partie de l'opéra étant, de toute façon, celle que je préfère, avec la première partie de l'acte III).
Pour finir, l'orchestre est très bien dirigé par Peter Schneider, qui sait donner aux pages les plus fortes de l'oeuvre (à commencer par le Prélude) leur beauté ensorcelante.