On se demande bien pourquoi cet enregistrement majeur du chef-d'oeuvre de Wagner est resté pendant 30 ans dans les armoires de la maison de disques... Cependant, mieux vaut tard que jamais et ceux qui aiment cet opéra doivent connaître cette version.
On y découvre que Kubelik, chef tchèque dont on connaissait bien l'affinité avec les musiques d'Europe centrale (il grava dans les années 60 une intégrale des symphonies de Malher, également avec l'orchestre de la Radio Bavaroise), était également un grand wagnérien. Sa direction sans exagération, recueillie, fluide et intelligente, met en valeur les superbes sonorités de l'orchestre qui forme un écrin idéal pour une équipe de chanteurs remarquables.
On ne pouvait trouver mieux que Kurt Moll pour chanter Gurnemanz. Dans cet enregistrement comme dans ceux de Barenboim (CD) ou Levine (DVD), la basse allemande est parfaite tant vocalement que du point de vue de l'intelligence du rôle. On n'a toujours pas fait mieux.
James King est l'autre choix judicieux de ce Parsifal.
En 1980 sévissait une cruelle pénurie de ténors héroïques (Heldentenors) capables de chanter les grands rôles wagnériens (Parsifal, Tristan, Siegfried, Siegmund, Tannhaüser...) et certains grands chefs - Karajan pour Parsifal, Boulez pour Siegfried ou Bernstein pour Tristan - durent avoir recours à Peter Hofmann, chanteur nettement inférieur aux grands ténors de la génération précédente. King, alors âgé de 55 ans, avait conservé la voix remarquable qui lui avait valu de participer à l'enregistrement de deux Tétralogies légendaires, celle de Solti et celle de Böhm, une quinzaine d'années auparavant, et son Parsifal est juste et superbe.
Bernd Weikl campe un Amfortas irréprochable et Franz Mazura un Klingsor à la noirceur profonde.
Même le rôle bref de Titurel est tenu par une des plus grandes voix wagnériennes, Matti Salminen.
Yvonne Minton, alors au sommet de son art, chante les tourments de Kundry d'une manière expressionniste, rompant avec les interprétations plus sages entendues jusqu'alors. Plus tard, Waltraud Meier donnera sa propre version de Kundry, plus sensuelle et - à mon avis - plus belle encore, avec Barenboim et Levine.