Cette version assez récente du "Tristan et Isolde" de Wagner comprend des interprètes de tout premier plan : tout particulièrement Placido Domingo (Tristan), la soprano suédoise Nina Stemme (Isolde), le célèbre Orchestre de l'Opéra de Londres (Royal Opera House, Covent Garden), les Ch½urs associés à la même maison (Royal Opera Chorus), et le chef d'orchestre britannique (d'origine italienne) Antonio Pappano. Cette production fut publiée chez EMI (2009) et considérée comme une réussite.
Le premier atout, incontestable, réside dans la direction du chef Antonio Pappano, qui mène orchestre et ch½ur de main de maître. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter le "Prélude" de l'Acte I, celui de l'Acte II, et "L'Introduction" de l'Acte III. Avec des tempi assez lents, il sculpte, ici, la partition, tout en douceur. Et ce n'est qu'à certains moments précis qu'il déclenche les effets dramatiques nécessaires au rendu de la partition du mage de Bayreuth.
Le second atout consiste en la présence de Placido Domingo et de Nina Stemme. Le premier couronne sa carrière wagnérienne avec cet enregistrement, ayant considérablement amélioré sa prononciation de l'allemand. La seconde commençait, en fait, le lancement du grand succès qu'on lui connaît à présent. Leur "Duo d'amour", à l'Acte II, est une merveille absolue ! De même que les "Délires" de Tristan, puis le célèbre "Liebestod" d'Isolde, à l'Acte III.
Le troisième atout concerne la plupart des autres solistes : avant tout, René Pape (un Roi Marke triste, puis bienveillant) ; ensuite, la mezzo-soprano Mihoko Fujimura (une Brangäne de grande valeur, avec ses fameux "Avertissements") ; encore, Olaf Bär (un Kurwenal peut-être plus chevaleresque que véritable serviteur et ami de Tristan) ; sans oublier Ian Bostridge (Berger à la forte présence), et Rolando Villazon (Pilote à la voix claire et très couleur locale).
On peut faire des réserves, concernant d'abord l'expression vocale un peu limite - parfois - de Placido Domingo, qui peine souvent dans les aigus forte, étriqués. Puis, à propos du vibrato un peu instable de Nina Stemme (qui a fait, dans ce rôle, et depuis cette date, de grands progrès). Mais, en tout état de cause, voilà un "Tristan et Isolde" de qualité, qui se situe à un très bon niveau, même si on n'atteint pas Karajan (Bayreuth, 1952), ou Böhm (Bayreuth, 1966), etc.