Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi j'aime autant ce petit film, pourquoi il m'a touché autant.
Sur le papier pourtant, rien de spectaculaire : une chronique douce amère, celle d'une vie de serveuse, une vie ratée comme elle le dit elle-même, dans le Mid-West américain. Un mari odieux, une grossesse non désirée, un amant magnifique : ça ressemble aux ingrédients d'une médiocre telenovela...
Rien de médiocre pourtant dans ce film poétique, extrêmement stylisé (dans le traitement de l'image, des couleurs, comme dans le jeu des acteurs). J'ai pensé à Jacques Demy (mais sans son côté parfois agaçant) et aux frères Cohen pour les images, très construites, où l'emportent les couleurs primaires. Que du beau linge !
Il y a une vision, un regard plein de tendresse, d'humanité, une sensibilité superbe, et une envie de s'amuser : voilà ce qui différencie "Waitress" d'une télénovela. Et le "happy end", cette fin de conte de fée, sonne aussi juste que le reste du film.
Autre point fort, l'actrice principale, Jenna, la serveuse, au visage botticellien, actrice magnétique et magnifiée, dont vous tomberez forcément amoureux autant que moi.
La réalisatrice qui joue aussi dans ce film promettait beaucoup. Son horrible destin (elle fut assassinée pendant le montage du film) tempère évidemment l'impression de joie et de légèreté que laisse ce film. On se met à penser aux extrèmes de ces deux impressions, celle de ce film et celle de ce destin, et l'on reste perplexe : comment un film aussi beau peut aussi bien parler d'une vie qui peut être si dure ?