...car il enregistra plusieurs fois les mêmes oeuvres au long de sa carrière, notamment pour Columbia à la fin de sa vie. Situation d'autant embrouillée que l'orchestre de ce label pouvait tantôt désigner les membres des Los Angeles ou New York Philharmonic, selon que les sessions se déroulaient sur la côte Ouest ou Est des Etats-Unis.
Alors qu'entend-on dans ce coffret, qui ne dispose d'aucun livret ?
Pour résumer, disons que Sony a préféré les plus récentes moutures, en stéréo, sauf quand son catalogue ne disposait que des versions mono.
Ainsi pour le "Requiem" (12 mars 1956, vision hiératique et grandiose), les deux Menuets, les trois Danses allemandes, et les symphonies 25, 28 et 29 (captées en 1954 dans les studios de la 30° Rue).
Les Concertos pour violons 3 et 4 datent de décembre 1958, avec en soliste Zino Francescatti qui ne grava hélas jamais le n°5 sous la même baguette.
Pour les symphonies 35-41, la "Maurerische Trauermusik" et les quatre Ouvertures d'opéra, ce boîtier a privilégié les sessions californiennes de 1958-1961 plutôt que les précédentes gravures new-yorkaises de 1953-1956 (on les trouvait en partie rééditées dans cet
autre coffret). Excellentes prises de son, consistantes et limpides.
Ce serait fastidieux de s'adonner à une vaste analyse détaillée, mais avouons certes que les approches ne se doublonnent guère. Pour synthétiser : à New York, l'orchestre semblait plus rude, abrupt, souvent pris à rebrousse-poil par un chef qui pense essentiellement au théâtre et exacerbe le contraste dramatique sans chercher à plaire.
Sous le soleil angelin, quelques années plus tard, voilà l'été indien : le style est plus lumineux, fluide, équilibré, ample (les tempos systématiquement allongés en attestent). Une "Jupiter" aussi suave qu'olympienne ! On ne peut qu'admirer cette esthétique radieuse, majestueusement proportionnée, pour un portrait aimable voire séducteur du compositeur autrichien. Son nectar mélodique coule à flot. Quelle saine respiration rythmique (les contrebasses articulent sans peser), quelle aération entre les pupitres où flûte, hautbois et basson viennent rehausser une onction de cordes chaudes et ductiles ! sauf peut-être dans la "Linz" où les violons paraîtront un brin amers.
Cette interprétation étrillée, irénique et néanmoins militante de la tragique "Quarantième" saurait-elle se comparer aux audaces souvent furieuses que Walter se permettait au concert dans sa vieille Europe : écoutez ces témoignages à
Berlin, à
Vienne ou à
Amsterdam !
Certains commentateurs insinueront-ils que son "Requiem" a pris de l'âge (point mon avis, et puis tout de même : Irmgard Seefried...)
Pour le reste, cette anthologie symphonique a tout pour charmer et convaincre le mélomane qui cherche un Mozart solide, lyrique et spirituel.
Auprès de Krips / Concertgebouw (Philips), l'aisance apollinienne de Walter mûrie par l'expérience d'une vie jette un pont entre ici et là-haut : le paradis des évidences souriantes, mais plus tout à fait innocentes. La photo de couverture ne ment pas.