Pourtant bien documenté sur la seconde guerre mondiale, je n'avais comme idée de Patton, un général passionné de l'arme blindée, prônant l'offensive. Cela était bien trop court.
George S. Patton écrit ce journal de combat du 29 octobre 1942 au 5 décembre 1945, quelques jours avant sa mort accidentelle en Allemagne. Ce journal constitue une pièce importante pour la compréhension de l'Histoire.
Quel général ! Très vite le lecteur comprend que l'auteur est un grand homme, non pas seulement parce qu'il est un militaire d'exception, mais parce qu'il est cultivé, sensible, remarquable conducteur d'hommes.
La méconnaissance des Etats-Unis de la France, et plus spécialement du Maroc, a conduit Patton à modifier les deux textes de capitulation qui lui avaient été remis par Roosevelt (une version dure, une version moins dure). Patton comprit immédiatement que le Maroc à la différence de l'Algérie, était un protectorat et non un département. Il était alors nécessaire de maintenir le prestige de l'armée française pour éviter l'explosion du pays et la mobilisation en conséquence de dizaines de milliers de soldats américains dont Patton n'avait pas la disposition.
Brillant stratège. Francophile, s'exprimant en français, il se lia d'amitié avec le général Giraud et apprécia beaucoup la haute distinction du général Catroux, représentant de la France Libre. Patton avait commandé un régiment en France pendant la première guerre mondiale ; il aimait la France.
Patton participa à la libération de l'Afrique du Nord (dont la Tunisie), de la Sicile et débarqua en Normandie en août 1944. Très vite il bouscula l'ennemi, le traquant jusque dans les réduits bretons. Démontrant à nouveau qu'il comprenait l'importance du symbole, patron de la III° armée, autorisa le général Leclerc (2° DB), alors sous ses ordres, à libérer Paris. Prônant l'offensive, réfléchie, rapide, décisive, il regretta amèrement que le haut commandement privilégia le soutien au généralissime anglais Montgomery (qu'il tenait en piètre estime, comme les troupes qu'il commandait) qui faisait du "sur-place". Patton en effet pensait pouvoir finir la guerre avant l'hiver 1944 - 1945. La répétition de ses succès foudroyants milite pour sa thèse.
Le tableau de chasse de la III° armée est exceptionnel :
Alors qu'il déplore la perte de 21.441 soldats tués, en face, l'ennemi en perdit 144.500, 386.000 blessés (contre 99.224) et 1.486.700 prisonniers !
La victoire sur le plan matériel est également patente. 308 chars légers perdus contre 1.529 détruits, 949 chars moyens contre 858 Panther et Tigres, 175 canons contre 3.454.
Patton était un très grand général. La première de couverture de cet ouvrage le montre avec ses pistolets à crosse d'ivoire, héritage d'un passé qu'il connut, celui de la fin du western, notamment dans la guerre du Mexique où il fut engagé.
Deux citations importantes :
"In war, the only sure defense is offensive, and the efficiency of offense depends on the warlike souls of those conducting it".
"Do not take counsel of your fears".
Cet homme est un seigneur de la guerre, un noble, héritage sans nul doute de son éducation sudiste. Symbole évident de la fierté américaine, il l'est aussi naturellement de ceux reconnaissants de sa déterminante action dans la Libération de la France.
Merci "Blood 'n guts" !