Une version impressionnante du Requiem de guerre de Britten: non seulement la prise de son est spectaculaire, mettant en valeur le moindre détail (on entend vraiment, absolument, tout, sur le même plan, y compris le pizzicato le plus ténu à l'orchestre de chambre) et proposant une image globale énorme, mais elle est au service d'une conception musicale très puissante, voire athlétique, de l'œuvre (on sent que les petits garçons du chœur d'enfants ont bien pris leurs cornflakes), au risque de gommer les passages plus tourmentés, plus douloureux, ou tout simplement plus poétiques, notamment dans les beaux poèmes de Wilfred Owen que Britten a confiés au ténor et au baryton.
John Shirley-Quirk est un chanteur brittenien pur jus, et la voix est très belle, mais c'est une basse, et il me manque dans ses interventions le mordant irremplaçable d'une vraie voix de baryton: c'est très beau, bien sûr, mais peut-être un peu à côté du caractère voulu.
Heather Harper est un luxe pour cet enregistrement, car elle fut la créatrice, en 1962, de la partie de soprano. C'est un luxe un peu tardif, hélas, car trente ans ont passé, et si le timbre est toujours aussi envoûtant, l'âge se fait sentir sur les aigus et sur la justesse, et on frise plus d'une fois l'accident.
Philip Langridge, lui, est impeccable.
À la tête d'un orchestre et d'un chœur parfaits - ils connaissent cette musique sur le bout des doigts - Richard Hickox semble vouloir démontrer qu'en matière de requiem Britten n'a rien à envier à Verdi: merci, le message passe très bien, trop bien, même, car le War Requiem c'est tout de même autre chose que le déluge sonore qu'il nous propose.
Une version en technicolor, donc, qui aura sans doute ses admirateurs, mais la discographie est aujourd'hui assez importante, et on y trouvera sans peine des interprétations qui rendent mieux compte de la diversité et de la richesse de cette très belle œuvre.
Les compléments de ce double CD sont, pour une fois, cohérents et judicieusement choisis: une bonne version de la Sinfonia da Requiem (elle aussi très "technicolor"), et le premier enregistrement mondial d'une cantate de jeunesse, assez anecdotique mais agréable et fort bien chantée.