Pour ceux qui ne connaissent pas, Ayn Rand était une écrivaine d'origine Russe qui s'est expatriée aux Etats-Unis pendant la Guerre Froide. Là-bas, elle a écrit plusieurs bouquins dénonçant avec vigueur les outrages subis sous le régime du Communisme. Evidemment, dans le contexte, elle s'adressait à un public bien ciblé, et on a envie de dire qu'elle disait ce qu'il voulait entendre. Elle a fait alors preuve d'une pugnacité unique et d'une vision prismique remarquable. Si remarquable qu'elle est devenue la fondatrice de la théorie de l'objectivisme et de facto l'égérie idéologique du Parti Républicain des dernières années. Ce qu'elle raconte dans ce livre doit être bien envisagé dans une telle optique. Elle a pu le qualifier de "biographie intellectuelle", comprenez qu'il ne s'agit pas du tout de ce qu'elle a vécu réellement, mais de sa façon de se justifier de ses idées, qu'elle n'appliquait fameusement pas dans sa vie courante. On a pourtant l'impression, au travers de son héroïne presqu'insensible et dépourvue d'empathie, de bien percevoir toute l'horreur de certaines mesures, de bien être plongés dans un environnement et une ambiance insoutenables, de pouvoir mettre des images concrètes sur des choses dont on n'a fait qu'entendre parler.
Ceci n'est pas une fiction comme les autres, parce que ce roman a la vocation d'endoctriner celui qui le lit, de susciter un glissement sur le terrain de son raisonnement. S'il peut être lu comme une histoire dans laquelle on est irrésistiblement embarqué, ce roman se doit d'être étudié du fait de ce qu'il implique, et je ne le recommanderai absolument pas pour un simple divertissement.