Oberon, opéra de Weber, est le résultat de la collaboration de toute l'Europe occidentale. Oberon, le roi des elfes, n'est autre qu'Alberich, avec un traitement phonétique (Alb > Aub > Ob-) clairement français. A l'origine de l'histoire, il y a la chanson de geste Huon de Bordeaux, déjà de caractère féérique, dans laquelle Huon ne serait autre qu'Odon ou Eudes, le roi d'Aquitaine qui fut le premier souverain chrétien à battre les musulmans (bataille de Toulouse, 9 ou 10 juin 721), donc un Aquitain, un proto-Occitan, qui avait les Francs de Charles Martel comme ennemis, alors que la chanson en fait un chevalier de Charlemagne, le petit-fils de Charles Martel ! Là-dessus intervinrent Shakespeare (Le Songe d'une Nuit d'Eté), puis Wieland (poème épique Oberon). Le livret anglais de James Robinson Planché est inspiré du poème de Wieland et l'oeuvre est d'abord représentée à Londres, peu avant la mort de Weber qui n'en était pas satisfait; le livret a été ensuite traduit en allemand, juste retour des choses, mais il existe des disques pour la version anglaise
Oberon (Intégral).
Comme Euryanthe, Oberon est un opéra de Weber qui n'égale pas le Freischütz, mais pour ma part, je le préfère à Euryanthe. On y trouve bien des passages qui évoquent clairement le mélodisme généreux et le sentiment de joyeuse anticipation du Freischütz. C'est un Singspiel, et l'auditeur non-germaniste peut être rebuté par les passages parlés très nombreux et très développés. Mais les moments merveilleux et mystérieux, les airs somptueux (et difficiles), comme "Ozean, du Ungeheuer !" sont suffisamment fréquents pour faire renaître l'intérêt. L'histoire est compliquée et les personnages nombreux, mais l'intrigue peut se résumer ainsi : Oberon éprouve la fidélité de l'amour de Hüon et de Rezia, doublée par celle de l'écuyer de l'un, Scherasmin, et de la suivante de l'autre, Fatime (la présence de personnages musulmans nous fait retrouver dans une certaine mesure l'histoire réelle du roi-duc d'Aquitaine).
Cette réalisation est une grande réussite. L'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, la direction légère de Rafael Kubelik conviennent parfaitement à la féérie et la prise de son mate, très Deutsche Grammophon, ne fait que mettre en valeur leur finesse. La distribution est excellente, avec la Rezia de Birgit Nilsson, déjà quinquagénaire mais dont la voix, velours et acier, évoque la jeunesse, avec le jeune Plácido Domingo dans le rôle de Hüon (voix splendide, mais prononciation de l'allemand et diction pas irréprochables), pour ce qui est des deux rôles les plus sollicités. Dans les seconds rôles, on a beaucoup d'éloges à faire, avec le Scherasmin de Hermann Prey, la Fatime de Julia Hamari, les première et deuxième sirènes (Meermädchen) de Arleen Auger, le Puck de Marga Schiml et l'Oberon de Donald Grobe. Hélas, si les rôles parlés (Droll, Harun al Rachid, etc) sont joués par des comédiens, les passages parlés des rôles chantés aussi ! On retrouve le choix catastrophique fait dans des enregistrements Deutsche Grammophon de Fricsay ou dans le Freischütz de Carlos Kleiber. Parce qu'elles sont vocalement séparées des chanteurs, ces interventions parlées qui servent de lien entre les numéros en deviennent comme extérieures à l'oeuvre. Elles sont de plus enregistrées très bas, ce qui contribuera à vous faire somnoler pendant ces tunnels.
Dans cette édition économique de la collection opera_House, le livret est remplacé par des explications assez succinctes, en anglais, allemand et français, mais on peut encore trouver en occasion l'ancienne édition avec le livret
Oberon; on peut encore trouver le livret sur le Web.