Après un album bleu (1994), puis vert (2001), cette fois-ci le rouge est mis en cette fréquence de septennat artistique, avec un album encore une fois faussement éponyme, de la part du groupe sans nul doute le plus excitant de la scène post-grunge, mais oscillant si malicieusement entre l’inventivité heurtée des Pixies, et un caractère bien davantage séducteur à la Cheap Trick, qu’il ne peut générer que ravissement, et, à parité, défiance.
Après deux années de vacances, Weezer édite donc son sixième album en studio, c’est-à-dire que Rivers Cuomo, leader fantasque (aujourd’hui moustache de pionnier, et petit bidon sculpté à la bière), se sent prêt à offrir ses cavalcades de trois minutes, toutes hommages stratifiés à son panthéon personnel (Cobain, Springsteen, mais aussi Devo).
L’un des signes majeurs reste une production en partie confiée à Rick Rubin (au choix, l’homme aux manettes derrière les Beastie Boys, Public Ennemy, ou Johnny Cash). L’une des indubitables évolutions, est que, parallèlement aux chansons instantanées, fulgurantes et jouissives, pointent des suites plus alambiquées, comme un bon de sortie à l’imaginaire. L’une des incontestables délivrances, c’est qu’aujourd’hui, le chant, et même la composition, ne sont plus réservés à un seul homme au sein du groupe (pour preuve l’anxiogène
« Cold Dark World » du bassiste Scott Shriner). Enfin, l’une des pistes incontestables, c’est que le disque offre en ultime tour de piste une version de
« The Weight » de The Band (Cuomo viserait-il un fonctionnement démocratique, à l’instar de l’orchestre de Robbie Robertson ?).
Resserrés comme les doigts d’une main, lorsqu’ils se referment pour former un poing, les Weezer offrent l’album le plus conséquent, et cohérent, de leur carrière. Donc, le meilleur.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story