Kurt Weill peut-il vraiment réussir à une chanteuse classique? La cantatrice saura-t-elle se muer en chanteuse de cabaret? Saura-t-elle varier constamment l'expression et laisser de côté le beau chant? Saura-t-elle empoigner l'auditeur assis devant elle et auquel elle s'adresse?
A mon avis, la preuve est ici faite que oui. Attention: à aucun moment von Otter ne devient
Lotte Lenya! Elle a une voix et il ne servirait à rien de le cacher. Mais, avec sa voix, von Otter parvient à faire quelque chose de vraiment convaincant, de vraiment "weillien". C'est que le génie propre de cette chanteuse réside tout entier dans son extraordinaire puissance expressive. La musique de Kurt Weill était donc faite pour elle. Ecoutez par exemple "Nannas Lied": n'est-on pas entre chant et parole, entre confidence intime et cri de rage? Ecoutez les élans de "Je ne t'aime pas": est-il possible de rester insensible? Sans parler de la façon dont von Otter s'amuse dans Schickelgruber...
Ce récital s'ouvre sur les Sept péchés capitaux: John Eliot Gardiner dirige le NDR-Sinfonieorchester et quatre chanteurs entourent von Otter. Alternent ensuite chansons accompagnées avec l'orchestre et chansons accompagnées au piano par l'éternel complice de von Otter: Bengt Forsberg.
Une réussite totale, donc. D'autant plus qu'en 1993, la voix de von Otter est au somment de sa forme et n'accuse encore aucune fatigue!