Welcome To The Canteen (enregistré à Londres en 1971) s'inscrit dans la continuité de John Barleycorn Must Die. Parti en tournée pour promouvoir ce très bon album, Traffic ne puisera cependant pas sa substantifique moelle pour alimenter Welcome To The Canteen de 1971. Pour des raisons contractuelles, bien évidemment. Celui-ci est donc un live, mais un live pas très emballant, même s'il demeure un des disques les plus populaires de Traffic. Les nostalgiques et aficionados auront toujours des occasions de s'enthousiasmer sur ce LP, quoi qu'il advienne, mais leur vision est souvent faussée, la véritable valeur du produit mal retranscrite, aveuglés qu'ils sont par une passion dévorante. Moi, je ne vous cache rien, vous le savez. Un chat est un chat (et non pas le contraire !). J'ai aimé, j'aime Traffic. J'ai aimé certains de leurs travaux, d'autres pas. Ce live de 1971, pourquoi s'en cacher, n'est pas à la hauteur de sa popularité. C'est d'ailleurs paradoxal que les albums de Traffic qui ont eu la côte d'amour auprès du public et qui sont rentrés dans les charts, sont ceux que je n'ai pas aimés. Ce Welcome To The Canteen, je l'ai eu entre les pattes en vinyle et je n'ai pas beaucoup aimé. Ce sentiment de médiocrité est en moi depuis sa sortie originelle. Sentiment mitigé à propos d'un album (qui réunit le Traffic ancienne mouture, élargie à Grech, Gordon et Rebop) possédant à boire et à manger. Autrement dit du bon, de l'acceptable et du moins bon. Le sympathique et léger titre pop Medicated Goo, Forty Thousand Headmen (l'esprit d'origine est bien présent) et les titres joués par, et de Dave Mason me séduisent (la ballade triste Sad And Deep As You et Shouldn't Have Took More Than You Gave). Placés dans la deuxième partie du LP, Mr Fantasy et le nonchalant, désorganisé et bordélique Gimme Some Lovin' (c'est long quand c'est de la daube !) sonnent le creux et sont ennuyeux. Ils ne dégagent rien. D'où mon désintérêt pour cet album décousu, passable dans son interprétation collective, faible sur le plan sonore. Un live pour faire suite au travail très concluant de John Barleycorn eut été plus judicieux. Il est quand même surprenant que ces mecs, qui avaient un potentiel aussi énorme pour faire un rock du diable, soient allés se fourvoyer dans un registre jazzy, pour lequel ils n'étaient pas taillés et duquel ils ne sont pas sortis grandis. Ici, on a parfois du mal à s'imaginer que c'est un disque de Traffic. Serait-ce la raison pour laquelle le nom du groupe n'apparaît pas sur le disque d'origine ?