Désormais libéré de son ancien groupe, suite à une usure prématurée des organismes et ego démesuré de son leader, Alice Cooper fait peau neuve, bien décidé à poursuivre une carrière solo, dont lui seul aurait de comptes à rendre. Toujours égal à lui-même, peut-être un peu moins en terres d'absurde, notre Monsieur Deloyal choisit d'assurer la transition par l'intermédiaire d'un concept album, dans lequel ses propres fantômes et autres angoisses sont de revue d'effectifs. A la fois synthèse d'une époque et plongeon vers un avenir hypothétique, Welcome To My Nightmare est le véritable premier album de Vincent Furnier.
Pour ce plongeon en plein cauchemar, Alice ne fait pas les choses à moitié et nous entraîne en pleine comédie du macabre, sur les accents d'un album concept directement inspiré du cinéma d'horreur des années 60. Pour preuve, en invitant la voix de Vincent Price, icône incontournable des films gothiques second degré, c'est indiscutablement à une revue de tableaux frisant l'approche cinématographique à laquelle nous sommes conviés. Avec plusieurs textes déclamés, plus que chantés, ce disque rock marqué d'une aura funèbre, ne renie en rien le sens du spectacle de notre bateleur favori.
" Je parle toujours d'Alice à la troisième personne. Je considère Alice de la même façon que je considère Hannibal Lecter, Zorro ou d'autres personnages littéraires... Alice est un peu de Macbeth, un peu de Bela Lugosi... Il est tous ces personnages englobés en un seul. Je joue ce personnage qui est arrogant, sadique et amusant. La seule chose qu'Alice et moi avons en commun est notre sens de l'humour "
Question humour, le propriétaire de ce théâtre décadent n'en manque pas. Assisté de Dick Wagner à la guitare rythmique et Steve Hunter à la lead, transfusés de chez Lou Reed, Alice Steven Cooper ne s'abstient d'aucune folie douce. Jouant sur un large spectre d'émotions, manipulant les ambiances à la manière d'un Docteur Mabuse a qui on aurait fait une injection de cartoons, l'énergumène nous électrise, nous captive, quitte à abandonner son rock à force d'expérimentations. Huitième merveille d'Alice, Welcome To My Nightmare ouvre grand la boite de Pandore d'un créateur au sommet de son art.
Qu'il soit Cabaret ou jazzy, ce rock là gagne à être connu. Aussi, c'est sans retenu que l'on se laissera bercer d'illusions par une voix pluriformes, prendre en flagrant délire sur The Black Widow ou torturer de subtilité au contact d'Only Women Bleed. Tendance sombre à élucubrations variables, ce mauvais rêve n'en oublie pas pour autant que le rock est aussi fait de puissance. Cédant volontiers au théâtral, moins évidente à percevoir de prime abord, la faute en revenant à la production un peu trop consensuelle de Bob Ezrin, c'est pourtant cette même puissance qui nous jette en pâture à l'éprouvante trilogie finale d'un disque singulièrement habité.