Je pense à tous ces charniers, à tous ces génocides, à toutes ces barbaries, d'ici ou d'ailleurs, d'hier et de demain. Je pense à cette cruauté deux fois sapiens qui transmigre pour prendre le masque de cette brutalité s'acharnant à détruire ce monde qui est le sien, sans savoir. Auto mutilation, monstrueuse, déchaînée. Et méthodique. On le voit, on y est. Tous. Rien n'est épargné. Toute la peau du monde, disséquée. Ce monde se suicidant qui est celui d'une brute, ou de la brute, sans relief. Juste un bloc informe, qui se saborde, se scarifie. Une grandeur horizontale, celle d'une dalle, lourde. Qui écrase deux fois. Sapiens sapiens. Et dans le puzzle de ce monde qui part à la dérive, avec les bourses, déchiquetées, qui surnagent, tourbillonnent, et s'en vont sur ces océans financiers déchaînés, tordus, écartelés, en folie, hors du sens. Des milliers de mottes de terre qui filent à la dérive, pas seulement de l'Europe, mais de la terre humaine, son humus, qui s'effrite. Et j'écoute What A Wonderful World, là, tout de suite. Le hasard de la radio. Louis. Ce Black immense. Avec cette sensualité et cette tendresse que charrie sa belle voix, ses notes lancinantes, cassées, mais si touchantes, poignantes, et en même temps splendides, parce qu'elles portent le Sens. Celui de la rivière qui mène vers la beauté, sur cette île lointaine, là-bas, où déambulent des hommes hors du temps tectonique.