Depuis la sortie de son disque The Way Up (Nonesuch, 2005), le plus célèbre des guitaristes de la planète jazz/world music aligne à un rythme incroyable des galettes qui sont bien souvent, faut le reconnaître, dignes d'intérêt. Son diptyque avec Brad Mehldau ayant plus ou moins déçu, Pat Metheny semble revenir depuis quelques années au solo électro-acoustique (cf. Orchestrion, Nonesuch, 2009). C'est le cas avec ce What's it All About (Nonesuch, 2011), un album solo réussi, loin du bruit et du fracas du monde. Une sorte de réconciliation avec soi-même. Car il est parfois bon de revenir à l'essentiel ou de "se retrouver" (c'est ce que semble nous dire Metheny) pour y puiser un peu de sérénité. Mais là n'est pas vraiment l'essentiel. L'essentiel étant d'aller le voir en concert. Car comme chacun sait, ce n'est pas l'industrie du disque qui rapporte le plus de dividendes aux artistes, mais bel et bien leurs projets scéniques (concerts, festivals, etc.). Et quand Pat se produit à un endroit, j'essaie de ne pas le manquer, quand c'est possible bien entendu. Disons-le, Metheny est à la guitare ce que Keith Jarrett est au piano. Un artiste incontournable.
Aussi, les amateurs de guitare classique ne manqueront pas de trouver leur bonheur à l'écoute de cet opus qui regorge de tendresse (merveilleuse version de "Alfie"), de surprise (un côté country-rock dans "Pipeline"). L'opus présent n'est peut être pas en soi révolutionnaire, mais fait un bien fou à notre âme, par tant de clarté dans le propos ("Garota de Ipanema", ). Les compositions sont toutes du guitariste, hors mis et durent en moyenne six minutes. Depuis des années maintenant (pour ne pas dire des décennies), le guitariste n'a plus rien à prouver et c'est bien le cas ici. Pas de virtuosité gratuite par ici, ni de technique ostentatoire, mais plutôt un art de raconter des histoires intimes qui finissent par nous être familières. Cette simplicité et cette sincérité qui caractérisent le jeu de Metheny sont à ce point troublants. S'il est respectueux dans son touché, ce ne sera jamais pour tomber dans le conventionnel (Rainy Days and Mondays), et dans ce monde de brutes et de faux semblants qu'est le nôtre, cette galette est un appel à la sérénité et au calme. Qui s'en plaindrait? Metheny sait nous réconcilier avec nous-mêmes et notre environnement.