Parfois, il y a mieux que courir après les filles ou fumer des produits illicites. Le quatuor américain All-American Rejects, en farouches p’tits gars de l’Oklahoma, démontre avec ce troisième album qu’écouter – parfois simultanément – Def Leppard, de la punk music, et les très riches heures de la pop britannique, peut s’avérer payant. Leurs deux premiers enregistrements certifiés
a minima disques de platine, le groupe a porté une attention toute particulière (allant jusqu’à annuler une tournée que l’on prévoyait triomphale) à la production de
When The World…
Un examen superficiel de ces onze chansons peut laisser accroire que rien n’a changé sous le soleil de la pop instantané, de ces rengaines qui font de chaque minute un refrain, et de chaque refrain un hit. Mais le producteur Eric Valentine (fidèle compagnon de Joe Satriani, mais également des Queens of the Stone Age) n’a pas souhaité ressasser une formule (instant pop) qui avait pourtant fait ses preuves.
Ce nouvel opus creuse en fait un sillon identique que son prédécesseur
Move Along (2005), adjoignant aux talents naturels des Américains pour une college music jubilatoire et déchirée (toutes les chansons évoquent l’amour, ou plutôt la difficulté à gérer ses pulsions lorsque les parents regardent), lorgnant vers les cimes de Weezer, d’étonnantes moirures. C’est ainsi qu’un ensemble à cordes, des chœurs féminins, un piano modeste, deviennent parts intégrantes d’une musique, par ailleurs facile et spontanée.
La mutation (vers une expression manucurée et pomponnée jusqu’au moindre ruban, et utilisant parfois les rythmes obstinés d’un Gary Glitter), provient sans nul doute des premières parties récemment assurées pour le compte de Bon Jovi, et qui ont dû convaincre le combo que qui veut beaucoup recevoir, doit énormément donner. Leur habile synthèse de ballades (
« Mona Lisa »), de frénésie contrôlée (
« Real World »), et de sautillements pop (
« Gives You Hell ») attestent amplement qu’il est sur la bonne voie.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story