On le compare souvent à
Bill Evans mais je trouve que c'est assez réducteur... L'art de
Fred Hersch n'a rien à voir avec le grand Bill si ce n'est cet amour du chant et de la mélodie. Son jeu est autre, profondément singulier, il a un son, un toucher bien caractéristique. Certes sa richesse harmonique laisse à penser au Maître du piano moderne, mais ça s'arrête là. A chacun son langage, à chacun son style, même si l'on peut trouver ici et là quelques influences... D'ailleurs, en terme de comparaison, je trouve que sa musique est plus contrastée que celle de
Brad Mehldau (aussi Hersch ne reprend pas des thèmes issus de la variété). Autre caractéristique de ce pianiste qui mériterait davantage de reconnaissance, c'est qu'on ressent chez lui un professionnalisme incroyable. Mieux, un vécu toujours palpable. Pas d'autosatisfaction comme on a pu le constater chez de grandes stars du piano jazz (je songe aux dernières productions en trio de
Keith Jarrett)... Le pianiste que j'ai eu la chance de voir - et d'écouter - l'année dernière au Duc des Lombards (en trio avec John Hébert et Nasheet Waits) propose dans cette nouvelle galette (sortie chez Palmetto records en 2010) une nouvelle approche de son trio de piano jazz...
Celui qui fut le professeur de Bradou (et oui...) livre ici un disque d'une richesse harmonique qui ne fait jamais défaut. Mieux, avec sa nouvelle section rythmique, composée de
John Hébert à la contrebasse et
Eric McPherson à la batterie (tous deux remplacent respectivement Drew Gress et Nasheet Waits), l'on remarque, d'emblée une prise de risque bien plus grande que dans ses opus précédents. On l'aura compris, il s'agit pour le pianiste de proposer un jazz plus alambiqué et moins sentimental que sa production antérieure. La rythmique, qui n'est autre que la dernière d'Andrew Hill, est d'une cohérence à toute épreuve. Les titres sont fort réussis, et proposent d'étranges singularités, préludes à quelques improvisations remarquables sur ostinatos. Sens de l'écoute, interaction au sommet, Hersch semble renouveler son art, après quelques galères de santé... Le travail des trois compères est ici ingénieux, même si par moments, l'on peut dire que l'ensemble ne réserve pas autant de surprises que dans un "live"... Les mélodies sont décalées, voire obliques (sur un tempo médium la plupart du temps), et John Hébert relance la pulse d'une manière incroyable... Limpidité, délicatesse: quelques émotions sont bel et bien au rendez-vous.