Il m'a fallu du temps. J'ai approché Transatlantic avec la plus grande prudence, les afficionados néo-prog ayant parfois tendance à vouloir faire prendre des vessies pour des phares à iode. Je suis pourtant fan de Porcupine Tree, mais on ne trouve pas un Wilson à tous les coins de rue.
Et puis 4 chevaux de retour qui officient (ou officiaient) dans des groupes "reconnus" qui se mordent la queue depuis des années... Pouvaient-ils vraiment faire un bon disque?
Ben oui.
Parce qu'ils ont fait le choix de ne pas se prendre le chou et de jouer la musique qu'ils aiment pour le simple plaisir de jouer. Et Transatlantic n'est finalement que le dénominateur commun de 4 excellents instrumentistes nourris au prog-rock des seventies, qui n'ont pas oublié leurs premiers émois.
Alors on peut trouver que Whirlwind sonne trop comme ses prédécesseurs ou que les Transats abusent des sons de synthés eighties. Ou encore que Neil Morse chante comme un rocker FM ou que Portnoy en fait trop. Moi, je trouve ce CD tout simplement excellent.
Il a une pêche énorme, regorge de mélodies sympas et tire profit d'arrangements qui n'hésitent pas à évoquer les Grands Anciens: Tull, Gentle Giant, Yes, etc. Les quatre complices se complètent parfaitement et la qualité des reprises (sans prétention) présentées sur la version de luxe prouve que tous les horizons musicaux leur sont ouverts.
Quel autre groupe est capable d'accomplir ce genre de prouesse aujourd'hui? Qui marie aussi bien nostalgie, compétence et efficacité avec une aussi délicieuse naïveté. Parce que, après tout, il faut être bien "naïf" pour enregistrer une musique que l'on aime, seulement parce qu'on l'aime, sans tenir compte de l'air du temps, des impératifs du bizness et des attentes des grincheux.
Neil Morse est un ex-alcoolo catho qui fait dans le prêchi-prêcha? Et alors? J'aimerais bien avoir le dixième de ses qualités de musicien. Et ses collègues ne sont pas mal non plus.
Bref: si on vous a dit le plus grand mal de The Whirlwind, essayez quand même de l'écouter (au moins) deux fois. La première, pour vous débarrasser de vos aprioris. La seconde pour apprécier véritablement le son de quatre artisans musiciens au sommet de leur art.
Personnellement, j'ai découvert Transatlantic avec ce disque (mieux vaut tard), et j'ai écouté depuis tout ce qu'a produit le groupe. Franchement, c'est The Whirlwind que je préfère, pour le souffle épique qui le mène de bout en bout. Mais peut-être suis-je biaisé?