C'était un de ces réveillons qui n'en finit pas, après le champagne au goût de mousseux, après la première série de danses, incluant une chenille qui redémarre et une danse de la bande de canards, quelques rocks pour faire suer l'alcool et se rendre compte à la fin seulement qu'on est toujours pas Fred Astaire. Les beaux frères sont en bras de chemise, un pan hors du pantalon et le noeud pap's dans la poche. Les belles-soeurs, assises les coudes sur les genoux, se rappellent les fêtes quand elles étaient encore célibataires, et de loin, promettent une bonne trempe à Brandon s'il lance encore rien qu'une seule boule de pièce montée sur sa cousine.
A l'étage, il y a une télévision et la zapette fait défiler les programmes rituels de la nuit du nouvel an, les filles du Crazy Horse et les 55 jours de Pékin. Et puis sur Arte : Juke Box Mémory. Rien que des reprises, pas beaucoup de fautes de goût, filmé par un réalisateur qui connaît son Jean Christophe Averty sur le bout des doigts. Et An Pierlé. Elle reprend "the days of Pearly Spencer", et surtout, évidemment, "Try a little tenderness", qu'elle fait grimper, en acoustique, avec une tension telle qu'on croit entendre la section de cuivres dont ils ont choisi de se passer. An Pierlé est une simulatrice.
Alors "White velvet", pour vérifier. Parfois, certains artistes n'excellent que dans les reprises. C'est déjà pas si mal. Pas An Pierlé. Elle est une simulatrice épatante. Quel que soit le morceau, elle le fait tellement formidablement bien qu'on est persuadé qu'elle y prend plaisir à chaque fois.