Douze ans sans un seul commentaire, on frise l'outrage, alors par où commencer?
Peut-être tout simplement par la pochette, en forme d'énigme : deviner qui est celle dont seules les lèvres brillantes sont visibles, observer les détails comme ce chapeau moelleux masquant ses yeux ou le luxueux tissu de sa veste... Autant d'atours suggérant l'élégance discrète de la dame et la délicatesse de ce premier opus.
Ces "mots et sons" justement, qui auraient pu former une énième chimère nu-soul, avec feulements geignards et poses forcées, reflètent en réalité la vision d'une femme aux multiples facettes. Tour à tour rappeuse et chanteuse jazz, à la fois poétesse et diva moderne («Do You Remember?»), la miss a mille façons de scander ses textes brûlants. Car c'est la loi du genre, les histoires narrées ici donnent souvent dans le registre amoureux, ou même carrément érotique («Love Rain»)! On serait presque gêné à l'écoute de cette intimité étalée au grand jour, s'il n'y avait cette attitude altière, indissociable de la grande tradition Soul et corollaire de l'émancipation afro-américaine. C'est là toute la subtilité de cette musique héritée à la fois du Gospel et du Rhythm & Blues (selon les principes fondateurs de Ray Charles et consorts), capable d'éveiller les consciences à l'aide d'artifices sensuels et charnels.
Une recette qui fonctionne à merveille tout au long de l'album, au point qu'il n'est pas nécessaire d'attendre le titre caché (avec Mos Def !) pour répondre à la question initiale : on sait maintenant qui est Jill Scott, et il y a fort à parier qu'il sera désormais difficile de se passer de sa ferveur contagieuse.