Ce livre est la première traduction en français (plus de 15 ans après!) d'un livre paru en 1995 aux Etats-Unis, loué par la critique et devenu best-seller.
Trois autres tomes existent, non (encore?) traduits en français:
-
Son of a Witch: Volume Two in The Wicked Years, 2005
-
A Lion Among Men: Volume Three in The Wicked Years, 2008
-
Out of Oz: The Final Volume in the Wicked Years, nov. 2011
L'histoire, c'est la relecture de l'histoire du
Magicien d'Oz, sous une nouvelle perspective montrant que la méchante sorcière de l'Ouest ne l'était peut-être pas tant que cela (méchante, et sorcière même), voire même que c'était une femme admirable ayant tout fait pour lutter contre son destin.
Peut-être est-ce le fait que cette histoire est basée sur Oz, bien moins ancrée dans notre collectif que dans celui des anglo-saxons, qui explique pourquoi les francophones auront tant attendu avant d'avoir accès à ce roman? Si c'est le cas c'est vraiment dommage car ce roman se suffit en lui-même, même si on ne connaît pas l'histoire du Magicien d'Oz on peut tout à fait la savourer (il manquera juste un deuxième degré qui est facilement accessible si le lecteur lit préalablement un court résumé du "Magicien d'Oz" en s'attardant sur les personnages clés).
Ici nous suivons donc durant près de 500 pages l'histoire d'Elphaba, connue dans le "Magicien d'Oz" comme étant la méchante sorcière de l'Ouest ("Wicked Witch of the West", çà sonne mieux en anglais!). Elphaba, la pauvrette, n'a pas été gâtée par la vie. Sa père est présenté en début de roman comme un prêcheur religieux fanatique vivant en hermite tandis que sa mère est montrée comme une femme ayant des moeurs pour le moins légères, sans aucun sentiment maternel, et ne cherchant qu'à se débarasser de sa fille le plus vite possible. Déjà, le couple voulait un garçon. Ils ont une fille. Et surtout... Elphaba est verte! Elle a la peau d'un vert très vert. Et en plus elle a un caractère de cochon. Heureusement sinon elle n'aurait pas fait long feu. Ainsi sa mère pense très tôt à s'en débarasser et se confie à la Nourrice:
"-Nous n'avons qu'à noyer le bébé et recommencer à zéro?
"- Essayez donc de noyer cette chose" murmura la Nourrice. "J'ai pitié du pauvre lac chargé de s'en occuper".
Se rendant compte que la fillette s'accrochera à la vie comme une moule à un rocher, la Nourrice essaie donc de la sociabiliser, ce qui n'est guère évident, au vu de son apparence qui fait fuir tout le monde (et son comportement agressif et provocateur se chargera du reste). Présentant ainsi Elphaba à une famille proche dotée d'enfants d'un âge approchant celui d'Elphaba elle déclare sur le ton de la confidence: " L'enfant est verte [...] Vous ne l'avez peut-être pas noté à cause de son charme et de sa chaleur humaine". Chaque phrase ou presque de la Nourrice est une perle de causticité!
Les parents d'Elphaba la rejettent complètement et n'hésitent pas à l'appeler ainsi: "Fabala! Elphaba! Elphie! Petite grenouille! [...] Petit serpent! Petit lézard! Où es tu?".
Elphaba grandit donc avec une vanité très faible et avec la dureté nécessaire pour survivre dans le monde cruel des humains. Hélas pour elle, elle est très intelligente et elle est têtue, ce qui va lui gâcher la vie. Adolescente elle va aller à la ville étudier dans un institut pour jeunes filles de bonne famille (sa mère vient d'une famille très reconnue), où elle va se lier avec Galinda, a priori une évaporée d'une beauté aussi stupéfiante que sa vanité, à l'égoïsme et à l'arrivisme forcenés. (Note: dans la vraie histoire, Glinda est la Bonne Sorcière!).
Quelques années plus tard la jeune soeur d'Elphaba les rejoindra. La jeune soeur, Nessarose (connue ensuite comme étant la Méchante Sorcière de l'Est, celle sur laquelle tombe la maison de Dorothy), n'est pas verte. En plus elle est même très belle, très gracieuse (plaisanterie cachée pour les initiés connaissant ce livre) et prend un soin extrême concernant son apparence. Elle a été élevée avec amour par son père et par Elphaba (la mère étant morte en couches). Certes, elle a un autre problème physique, mais qui va se faire souvent oublier par la présence continue de domestiques et d'une paire de chaussures magiques donnée avec amour par son père. Elle sera constamment aidée (heu... assistée), alors qu'Elphaba sera toujours seule (ses parents ou la Nourrice auraient grommelé qu'elle savait très bien se débrouiller toute seule).
L'histoire raconte comment Elphaba, brillante, d'une grande droiture morale, d'une grande bonté, va évoluer pour être perçue comme la Méchante Sorcière de l'Ouest. C'est tragique mais grâce à la causticité des dialogues et de certaines situations (ainsi une évaporée lui dit en substance "Je ne peux pas vous dire de quoi (ces livres) parlent. Il y a tellement de mots, on peut vraiment se demander si le monde mérite une telle attention"), on se délecte de ses aventures. L'histoire raconte de même l'évolution de sa soeur en méchante sorcière et l'évolution inverse de Glinda devenant la Bonne Sorcière.
Ce livre est un bijou littéraire, plein de bons mots et de répliques qui font mouche ("[elle] m'a dit que le balai serait le lien vers ma destinée" dit Elphaba. "J'espère qu'elle voulait dire que ma destinée était domestique. Pas magique"). Les personnages sont remarquables de finesse. Pour toutes ces raisons, je ne peux pas mettre moins de 5 étoiles. Cependant j'avoue que je n'ai jamais pu dévorer le roman ("turbo-lecture"), tous les jours je me fixais de lire par tranches de 50 pages. En effet, il ne se passe pas grand chose et l'action elle-même est balayée en quelques phrases. C'est un roman accordant une place royale aux dialogues et aux personnages, peut-être un peu trop pour moi.
(lu en anglais, Kindle)