C'est pendant la guerre que Furtwängler a donné ses concerts les plus dramatiques, ce que l'on ne peut s'empêcher d'interpréter à la fois comme un écho de la situation périlleuse dans lesquelles l'Allemagne s'était engagée et comme une manière de désapprouver le régime et d'y résister.
D'autres commentateurs vous ont parlé de ces enregistrements de guerre venus de Moscou. Ils sont présents sur deux coffrets DG dont celui-ci, le premier, est le plus indispensable. Les symphonies de Beethoven sont des témoignages à la fois géniaux et d'un extrémisme difficilement dépassable; la "grande" symphonie de Schubert se compare plutôt avantageusement, sauf pour la qualité du son bien entendu, au disque célèbre de 1951; elle aussi est plus rapide et dramatique. En revanche le concerto grosso de Haendel sonne un peu étrangement à nos oreilles et même la 39e symphonie de Mozart, un peu raide pour dire les choses un peu vite, n'est pas une première urgence.
Pour le concerto pour violon, j'en connais quatre avec Furtwängler : celui-ci, avec Erich Roehn, premier violon de l'orchestre sauf erreur, en 1944, les deux avec Menuhin (1947 et 1953) et, à la même période que l'enregistrement "officiel" EMI avec Menuhin de 1953, un autre avec Wolfgang Schneiderhan, autrefois publié en 33 tours dans la collection Historisch de DG et apparemment introuvable depuis. Avec ce dernier comme avec Roehn, le soliste est dans l'étroite dépendance du chef, il fait du Furtwängler en quelque sorte; cependant, toute question de qualité de son mise à part, Roehn est préférable à Schneiderhan dont la sonorité n'est pas très agréable. Dans les deux cas, Furtwängler est plus passionnant qu'avec Menuhin, encore que l'enregistrement EMI de 1953 soit très proche du concert avec Schneiderhan; l'atmosphère de l'introduction orchestrale n'a été atteinte par personne depuis. Ces deux interprétations se ressemblent de façon étonnante malgré les 9 ans qui les séparent.
En revanche, vous ne trouverez pas deux enregistrements célèbres qui ne font pas partie de cette série rendue par les Soviétiques : la très sombre 9e symphonie de Beethoven de 1942, presque hors-sujet si on pense à l'Ode à la Joie que l'interprétation contredit quelque peu et, encore plus indispensable, la géniale Héroïque de décembre 1944, qui, loin d'être à la marge de la discographie comme l'enregistrement précédent, est au contraire en son centre, comme un modèle qui a inspiré beaucoup de celles qui l'ont suivie. Pour acquérir ces deux témoignages, on peut trouver actuellement un coffret Music & Arts, mais ce sera au prix de quelques doublons.