Revoici Ursus Minor, quartet de choc (Tony Hymas, Mike Scott, François Corneloup, Stokley Williams), ouvert à toutes les extensions de personnel, pour un nouvel opus extrêmement dense (presque éreintant à la première écoute), qui commence sur les chapeaux de roues avec le morceau-titre « Don't take « but » for an answer », véritable concentré de groove épicé, hommage à un essai du poète américain Langston Hugues.
Le reste du disque est à l'avenant: énergétique, rafraichissant, surprenant...
Blues, rap, spoken-word, jazz expérimental ou funk-rock, l'écrit et l'improvisé, sont sollicités et confrontés avec une aisance et un plaisir palpables.
Outre les compositions du groupe, la seule (double) reprise de l'album est un petit bijou de réinvention (un accouplement du « Petite fleur » de Sydney Bechett et du « Superstition » de Stevie Wonder).
Il est en tout cas frappant de voir un groupe conserver une identité aussi forte, tout en se renouvelant à chaque nouvelle parution.
Après un premier album orienté sur le rap (Zugzwang), un second plus expérimental et toujours captivant (Nucular), puis même une bande originale de film atypique et essentiellement instrumentale (Coup de sang), cette nouvelle perle affirme des valeurs sûres (le patronage de Tony Hymas pour l'essentiel des compositions, le jeu fondamental de François Corneloup, le batteur Stokley Williams qui développe plus avant ses talents de chanteur, comme sur le magnifique -et quasiment mystique- « For Langston »,) et prend sans hésiter le risque des nouvelles recrues et convergences d'esthétiques : le guitariste Jef Lee Johnson a cédé la place à Mike Scott (vétéran du New Power Generation de Prince), et ici ou là apparaissent deux formidables vocalistes (au sens large), Boots Riley et Desdamona.
On est conquis de bout en bout, du reggae-ovni de « I've been » au blues vaporeux et rude de « Chosen mask », à l'émouvant « The Closest call ever », superbe conclusion...
Heureux ceux qui ont déjà vu cet incroyable combo sur scène, le spectacle doit être renversant !
En attendant de vivre une telle expérience, on ne peut que se ruer sur ce disque jouissif, magnifiquement mis en forme et en pochette, et congratuler l'exigeant producteur Jean Rochard.