Avec un patronyme pareil (son vrai nom), une pochette de cet acabit et un titre d'album aussi cryptique, on ne peut pas, à moins d'en avoir lu quelque information, présager de ce qui nous attend sur le premier album d'Hanni el Khatib... La surprise n'en est que plus "douce".
En l'occurrence, c'est à une relecture "garage" du meilleur esprit rock'n'rollien à laquelle nous sommes conviés, un album simple, franc et direct où une jeune pousse étale son amour d'un traditionalisme tout sauf calculé offert avec l'énergie de son post-adolescent enthousiasme. Et il n'y perd pas de temps bouclant l'aventure en 11 titres et 32 petites minutes où se rencontrent, se télescopent rock franc, blues sale et folk possédée, et même doo-wop garage... un beau petit panorama en somme. Précisons qu'il y fait tout, de la cave au grenier, avec une aisance et une fraicheur (une innocence) qui font grand plaisir à entendre. C'est d'ailleurs dans cette juvénile énergie que tient tout le sel d'une galette sinon d'un immense classicisme. Ainsi y retrouve-t-on, tour à tour, du Tom Waits, du Troggs, du Rolling Stones, du Stooges, du Beatles, du Neil Young, du Bob Dylan, etc. Oui, tout ça ! Les sources sont sûres, l'héritage honnête, en demander plus serait sans doute en demander trop surtout que c'est déjà beaucoup et très fun, qui plus est.
Côté highlights, ça se presse avec en tête l'irrésistible F*** It, You Win et sa simplicité toute "White-Stripesienne", le chant de dément d'Hanni en sus. Plus loin, au détour d'un blues mutant, Come Alive, quelque part entre le loner Canadien, Bo Diddley et André 3000, il continue de nous épater. Et ça continue avec la reprise d'Elvis, Heartbreak Hotel qui, toute en irrévérence, ravive le mythe en le transformant en blues "Waitsien" en diable. Que dire, enfin, parce qu'on ne va pas tous les faire non plus !, d'un supra-efficace Wait Wait Wait, bel intermède d'American Folk Tradition tout en émotion et en retenue. Bref... 8 compositions originales qui n'ont pas à rougir du voisinage de 3 reprises réussies, Hanni el Khatib a amassé une bien belle collection qui fait parfois un peu de bruit, c'est comme ça que c'est bon !
Depuis, le jeune homme d'origine palestinienne a fait du chemin, des publicitaires se sont entichés de sa musique (présence dans de nombreux spots pour des marques dont on taira pudiquement le nom) et, surtout !, a fait la rencontre de son nouveau producteur, le totalement 'in' Dan Auerbach (The Black Keys, Dr. John, etc. producteur à la mode aussi) avec qui il a enregistré le tout nouveau tout beau
Head in the Dirt. A suivre, donc... Mais, en attendant, il fait bon revenir sur cet originel tour de force toujours chaudement recommandé.