Le Concerto de Khatchatourian fut un cheval de bataille pour William Kapell et reste indissociablement attaché à son talent : la légende veut qu'il en ait appris la partition en une seule semaine.
Il le joua au travers les Etats-Unis et le grava le 19 avril 1946 avec le Symphonique de Boston sous la direction de Serge Koussevitzky.
Les langoureux parfums orientaux de l'Andante exhalent ici les plus capiteux effluves, et le clavier n'édulcore aucune des dissonances et déflagrations des vaillants Allegros qui l'encadrent.
Malgré quelques inévitables grésillements liés à l'ancienneté du support, cette interprétation sulfureuse domine toujours la discographie.
Le pianiste new yorkais se spécialisa dans le répertoire russe à l'instigation de Olga Samaroff, son professeur à Philadelphie.
Ses exécutions du 3° Concerto de Prokofiev furent ovationnées par le public sud-américain qui eut la chance de l'entendre en tournée.
Cet enregistrement réalisé le 7 janvier 1949 à Dallas sous la baguette de Antal Dorati préserve la fraîcheur de sa conception : même si la trame rythmique de l'Allegro initial paraît relâchée et que la netteté de la frappe est souvent avalée par la prestesse des tempi, ce jeu survolté et crépitant demeure à ma connaissance sans équivalent.
Contrasté à l'extrême, le "Tema con Variazioni" est enfourché comme un ombrageux pur-sang qui ne ménage pas ses ruades et sur lequel planeraient déjà les ambiances démoniaques de l'Ange de Feu.