Certaines mauvaises langues avaient enterré sans doute un peu trop vite un Genesis orphelin de Peter Gabriel. Avec A Trick of the Tail, le groupe avait déjà prouvé qu'il restait parmi les meilleurs représentants du courant progressif. Mais pour Wind and Wuthering, le quattuor s'offre un second Selling England by the Pound. Puisant l'essentiel de son inspiration dans les contes de fées, les dessins animés, le cinéma ou les récits de guerre, brocardant au passage le dédain et la suffisance de l'Angleterre ("Blood on the Rooftops"), l'album a une tonalité à la fois triste, ironique et sereine. Conscient de ses limites vocales, Collins s'affirme en tant que chanteur et parolier. Ses comparses n'ont sans doute jamais aussi bien joué ensemble. Les pièces instrumentales ("Wot Gorilla?", la suite "Unquiet Slumbers for the Sleepers...In That Quiet Earth") sont impressionnantes. Appuyés par le tandem rythmique Rutherford/Collins, Banks et Hackett excellent à croiser bouffées de mellotron ou de clavier ARP et arpèges de guitare. Très loin, très haut, "One for the Vine" est à ranger parmi les meilleures compositions du Genesis progressif tant par sa construction, exemplaire, sa beauté formelle que la pertinence de son message. C'est tout simplement l'une des plus belles chansons de cette période, la marque d'un groupe qui a atteint sa maturité.