Il suffit de regarder la pochette de ce disque de 1977, dernier album studio avec le guitariste Steve Hackett, pour en déduire que Wind And Wuthering est l'album le plus anglais du groupe - et ça tombe bien, vous me direz, puisqu'il s'agit précisément de la nationalité de Genesis. L'aspect froid, hivernal, triste, grisatre, est totalement représentatif du climat 'grand-breton'. Mais limiter ce disque sublime à ce petit détail serait idiot et malvenu : avec Wind And Wuthering, nous avons entre les mains le joyau du rock progressif. Pour Genesis, après cet album, ça ne sera plus tout à fait pareil. En effet, une fois Hackett parti, la machine commerciale remplacera l'étendard progressif des débuts. En quelque sorte, on peut voir en ce disque un chant du cygne. Mais quel chant !
9 titres, 9 monuments, c'est bien simple. Personellement, je ne vois absolument pas quel morceau choisir parmi les autres. Peut-etre Your Own Special Way, première tentative sérieuse du Genesis de Phil Collins dans le domaine de la variétoche, mais ici nettement plus beau et subtil que les futurs Throwing It All Away et Hold On My Heart (pour ne citer que ces deux scies mièvres, emblématiques du slow gnan-gnan sans grand intéret). Phil Collins (qui était encore chevelu à l'époque, et portait meme la barbe) assure en tant que batteur, mais aussi en tant que chanteur. Je pense que, concernant certains des titres, il n'a jamais aussi bien chanté. Mais mon préféré sur ce disque, en fait, est Blood On The Rooftops, avec cette intro acoustique typiquement 'hackettienne', ces paroles sublimes (on parle de guerre, misère, bref, le texte est encore assez actuel), cette mélodie imparable, ce refrain majestueux, ces orchestrations (merci Tony Banks et son mellotron) remarquables...Que ce morceau ne figure sur aucun best of du groupe me sidère, car il s'agit probablement d'un de leurs meilleurs morceaux, apte à concurrencer les grands classiques Firth Of Fifth et Afterglow.
Aah, en parlant de ce titre, justement... Afterglow, sublimissime ballade achevant l'album, ce titre atmosphérique est beau à pleurer. Et que dire des deux instrumentaux qui le précèdent, illustrant à merveille la pochette du disque (première partie courte et froide, venteuse, et seconde partie plus longue et mouvementée, illustrant le verso de pochette : une tempete) ?
Sinon, l'album s'ouvre sur deux titres très longs et multirythmiques, Eleventh Earl Of Mar (qui parle d'une légende racontée par un père à son fils, pour l'endormir) et surtout One For The Vine, 10 minutes exactement de beauté totale, sur des paroles très sombres rappelant un peu le thème du classique The Knife (de l'album Trespass de 1970), sur le thème de la guerre. Le morceau démarre très lentement, calmement, puis, vers le milieu, démarre la seconde partie, endiablée (Tony Banks est pour beaucoup dans le trip ressenti). Avant un retour au calme, pour une conclusion apaisante mais non apaisée (on rapelle le thème de la chanson ?). La sensation de calme ressentie à ce moment n'est en rien détruite par le morceau suivant, la fameuse ballade citée bien plus haut. Il faudra un instrumental court et saisissant ( Wot Gorilla ?) pour inverser les choses, et conclure la face A sur une note plus que prometteuse pour le reste du disque, encore plus beau selon moi, et qui démarre par une chanson qui n'aurait pas dépareillé sur un des albums de la période Peter Gabriel, j'ai nommé All In A Mouse's Night.
L'album est assez souvent bien aimé par les fans du groupe. Pour tout dire, meme des fans de Genesis période Peter Gabriel (qui reste la meilleure, meme si Wind And Wuthering est incontestablement mon préféré) arrivent à classer ce disque parmi les meilleurs du groupe. Pour la dernière fois, Genesis fait du rock progressif pur, dans la lignée de King Crimson (In The Court Of The Crimson King, Lark's Tongue In Aspic), Jethro Tull (Aqualung) ou meme Yes (Tales From Topographic Oceans, Close To The Edge), avant de verser dans la pop/rock FM, à vocation hautement commerciale (leur album studio suivant, ...And Then There Were Three... de 1978, en est un bel exemple, meme s'il reste encore un petit peu progressif).
Wind And Wuthering... Le plus bel album de la Génèse, de très loin.