Certains films réconcilient avec le cinéma. Certains films impriment dans nos mémoires des personnages saisissants. Comment oublier Hannibal Lecter, Rocky Balboa, ou Vito Corleone ; l'écrivain fou de "Shining", le chauffeur psychopathe de "Taxi Driver", ou la femme infidèle de "La Route de Madison" ?
Qui peut dire qu'il n'a pas au fond de sa tête un archétype de cinéma, un héros qui lui rappelle un souvenir, qui incarne pour lui une certaine idée du monde, une attitude physique ou un comportement moral ?
Et bien moi, je n'oublierai pas Ree Dolly (Jennifer Lawrence), cette héroïne de 17 ans dans sa forêt du Missouri. Je donnerai son adresse quand une caméra voudra fouiller les verrues d'une Amérique riche et prospère, ou quand un écrivain voudra exposer les ruines d'une Amérique à l'envers. Je leur dirai d'aller voir la vie d'un ange en enfer.
Je dirai à l'ange de les laisser entrer, de leur présenter ses petits frère et soeur, et puis sa mère aussi, si elle est encore vivante. Je leur dirai de refaire le chemin qu'elle a fait pour retrouver son père.
Recherché par le shérif à peine sorti de prison, il avait donné sa maison en caution de sa liberté provisoire. Et s'il continue de se cacher, Ree Dolly peut dire adieu à la seule chose qui maintient sa famille en vie.
Comme une soeur courage elle parcourt cette zone tribale pour essayer d'obtenir des révélations. Les drapeaux de l'Amérique flottent sur tous les campements d'autochtones flippants où elle cherche la vérité. Et vraiment il lui faut du caractère, car elle sait qu'ici personne ne peut sortir du rang, sous peine de le faire les pieds devant.
Ree Dolly c'est une
Fay (roman superbe de Larry Brown) qui serait restée à la maison. Son portrait est un copier/coller : Ree Dolly veut se battre contre une hérédité qui lui promet un destin misérable, une vie comme un chaos perpétuel qui charrie à l'infini des vagues de violence, de soumission, d'alcool, d'oisiveté et d'illettrisme.
Bon courage.