Ce recueil est une version économique du deluxe édité par les éditions Panini en 2009 (
Wolverine : Les origines). Il fait partie de la collection MARVEL SELECT, dont le principe consiste à rééditer les anciens volumes épuisés de la collection deluxe. Il est d'un format comics traditionnel (plus petit que le deluxe) et possède une couverture souple. Le contenu est identique (aucun bonus, si ce n'est quelques couvertures en fin d'ouvrage).
Deux parties bien distinctes sont ici regroupées : La mini-série "Origin" (2001/2002), soit les six épisodes réalisés par Paul Jenkins (scénario), Andy Kubert (dessins) et Richard Isanove (peinture numérique), ainsi qu'un arc de la série régulière nommé "Origines et dénouement". Soit cinq épisodes datant de 2006 ("Wolverine (vol.3) #36 à 40), écrits par Daniel Way et dessinés par Mark Texeira et Javier Saltares.
- La première partie se compose donc de LA mini-série consacrée aux origines réelles du "mutant griffu" doté d'un pouvoir "auto-régénérant". De son enfance au sein d'une famille aristocratique dans le Canada du 19° siècle à sa fuite tragique en passant par la découverte de ses pouvoirs mutants et le lien l'unissant au terrible "Dents de sabre", le lecteur découvre les secrets jalousement gardés par le scénariste Chris Claremont lorsqu'il développait la mythologie du personnage à coup d'allusions savamment distillées entre 1975 et 1991 ! Il aura tout de même fallu attendre encore jusqu'à 2001 avant que Marvel se décide à briser les tabous en dévoilant ces origines demeurées rigoureusement secrètes durant toutes ces années.
Car c'est bien ce voile de mystère qui a fait les grands jours et la popularité du personnage. Dès le début, Claremont en avait fait un amnésique au passé trouble. Tout au plus savait-on que ce passé le liait à l'armée (canadienne), et ce flou artistique entretenu autour de ce passé allait apporter à notre mutant préféré l'essentiel de son charisme...
En 1991, déjà, Barry Windsor Smith levait le voile sur tout un pan de cette mythologie avec son chef d'œuvre "
Wolverine : Arme X". Dans cette histoire, le lecteur apprenait enfin les secrets de ses relations troubles avec l'armée et découvrait comment on lui avait injecté son adamantium, le métal indestructible recouvrant son squelette. Ces révélations permettront donc de faire patienter les fans jusqu'en 2001...
Il incombe ainsi à Paul Jenkins, ici assisté au scénario par Bill Jemas et Joe Quesada, alors rédacteur en chef de la Marvel et grand manitou de sa politique éditoriale au cœur des années 2000, de retourner aux sources du mythe...
La saga en elle-même, avouons-le, est assez bien troussée. D'autant que Jenkins n'insiste jamais lourdement sur les révélations les plus choquantes de ces origines, qui demeurent plus de l'ordre de l'allusion que de la démonstration. Les liens familiaux avec "Dents de sabre" sont donc davantage suggérés que réellement dévoilés. Le scénario est de très bonne qualité, l'émotion fonctionne à plein régime et l'ambiance est lyrique à souhait, apportant au mythe du personnage une note romanesque digne des romans d'époque. D'un autre côté, ce parti-pris ne correspond guère au charisme d'un bonhomme porté sur la gouaille provocatrice, la bière et les cigarillos. Mais surtout, cette connaissance des origines demeurées mystérieuses depuis tout ce temps n'apporte rien à la figure de Wolverine. Au contraire, privé de son aura de mystère, le héros perd beaucoup de son charme...
La conclusion est sans appel : Malgré ses qualités de mise en forme, "Wolverine : Origin" demeure une vaste opération commerciale et finit par sacrifier les principales qualités sémantiques du super-héros griffu.
L'association du dessinateur Andy Kubert et du coloriste Richard Isanove est exactement la même que sur
Marvel 1602, la mini-série écrite par Neil Gaiman. Le principe consiste pour Isanove à procéder à une mise en couleur directe sur les crayonnés de Kubert. Le problème est que cette colorisation numérique, pourtant voulue la plus "archaïque" et "manuelle" possible (l'artiste est crédité entant que "peintre numérique !), atténue fortement la puissance du dessin de son collègue et finit par trahir le systématisme des effets numériques. Privés de leurs contours, les dessins perdent beaucoup de leur force. Résultat plus qu'honorable, cependant.
- La seconde partie expose donc un arc de la série régulière "Wolverine (vol.3)" (épisodes #36 à 40, datant de 2006). Disons-le tout net, les éditions Panini l'ont placé à l'origine dans la version deluxe pour faire office de "bouche-trou", étant donné que la mini-série "Origines" n'était pas assez longue pour mériter ce format toute seule. L'arc narratif "Origines et dénouement" n'a de rapport avec les origines du personnage que le titre ! En réalité, on a profité qu'après les événements de "
House of M" Wolverine ait recouvré la mémoire pour explorer un peu son passé, mais sans réellement le faire... Plus précisément, cet arc est tellement immergé dans la continuité qu'il demeurera totalement opaque au néophyte et aux lecteurs non familiers des intrigues déroulées sur toutes les séries connectées (prière de lire "House Of M",
Captain America : La légende vivante et
Wolverine : Ennemi d'état, dont ces épisodes sont plus ou moins la suite, pour y comprendre quelque chose !).
Le scénariste Daniel Way se révèle peu inspiré avec cet arc narratif. Les révélations concernent des événements qui ne nous avaient jamais été dévoilés mais il s'agit d'éléments sans aucun rapport avec le passé mythique du personnage, lié à "l'Arme X" ou à sa relation avec "Dents de sabre". En gros, si vous vous voulez en savoir plus sur tout ce qui avait aiguisé votre curiosité dans le passé du personnage, cet arc narratif ne vous apportera... rien du tout !
Les éditions Panini pêchent une fois de plus par opportunisme et trompent le lecteur en jouant sur l'accroche d'un prétexte événementiel, isolant des épisodes mainstream comme s'il s'agissait d'un tout, sans se soucier des lecteurs occasionnels qui se trouveront bien embarrassés de ne pas posséder tous les épisodes connectés...
Pour le reste, les dessins de Mark Texeira et Javier Saltares, que j'avais appréciés sur la série
Moon Knight pour leur noirceur expressive, sont pour le coup ici assez impersonnels. Cinq épisodes bouche-trous, donc, qui ne satisferont personne puisque ceux qui ne connaissent pas la série régulière se sentiront complètement largué là où les autres regretteront de ne pas avoir le reste de la série édité dans la même collection.