Ce tome contient les épisodes 7 à 12 (parus en 2011), soit la fin de la série. Avec
Contagion (épisodes 1 à 6), ils forment une histoire complète, relativement indépendante de la continuité. Il faut absolument lire les 2 tomes dans l'ordre.
Logan a recouvré la liberté et il a été recueilli par les X-Men. Inconscient, il est examiné par Henry McCoy (Beast) qui détecte des résidus des infections virulentes infligées par Contagion. À ses cotés, Scott Summers (Cyclops) demande à Emma Frost de lui faire une synthèse de ce qu'elle a pu découvrir dans l'esprit de Logan. Dans le manoir, se trouve également Alison Blaire (Dazzler). McCoy décrète une mise en quarantaine provisoire en attendant de voir comment évolue l'état de santé de Logan. Dès qu'il a repris connaissance, ce dernier s'empiffre pour retrouver des forces, il change de costume et s'empresse de retrouver la trace de ses kidnappeurs. Il finit par tomber sur 2 zozos interdimensionnels pas piqués des hannetons : Monark Starstalker (avec Ulysses, un personnage créé par Howard Chaykin en 1976) et Paradox.
Le premier tome était gore et sadique à souhait ; les capacités de récupération de Logan étaient testées jusqu'à leur limite. Oui, écrit comme ça, le lecteur se dit qu'il s'agit juste d'une aventure de Wolverine plus violente et racoleuse que d'habitude. Ce n'est pas la première fois que Marvel fait appel aux bas instincts de ses lecteurs, et ce ne sera pas la dernière fois. Sauf que l'insistance et l'inventivité de Charlie Huston emmenait le lecteur au-delà d'un défouloir cathartique et voyeuriste, dans une zone de cruauté sadique dépassant la limite du simple divertissement pour pénétrer dans une zone inconfortable.
Dans la première moitié, Huston déroute son lecteur avec l'arrivée de Cyclops, Emma Frost et Beast, puis un passage dans un vaisseau spatial avec 2 mercenaires incompétents, mais aux talents impressionnants. En fait l'auteur reprend une composante déjà présente avant : son amour pour les histoires obscures de Marvel. L'utilisation de Monark Starstalker est emblématique. Il s'agit d'un personnage créé dans une histoire mémorable, mais pour un seul et unique épisode, et brièvement réapparu dans 2 épisodes de la série Nova en 2009. Huston insère donc des pépites à destination des lecteurs chevronnés de l'univers partagé Marvel. Il ne s'empare pas de Wolverine pour écrire un récit bien noir déconnecté ; non il connecte son histoire avec des parties peu visitées de l'univers Marvel. Et franchement, il est difficile de résister à la critique de la discographie d'Alison Blair ; ça vaut son pesant de cacahuètes.
Deuxième aspect tout aussi savoureux et plus accessibles, Huston prend ses personnages au sérieux. Il prend comme un fait qu'il s'agit de superhéros au caractère bien trempé et il les décrit comme tel. Par exemple, le lecteur connaît la propension d'Emma Frost à s'habiller de tenues révélatrices. Évidemment, pour la plupart des scénaristes, il s'agit surtout d'épicer leur histoire en incluant une femme qui montre beaucoup de peau et qui en plus a un compas moral peu fiable. Pour Huston, ce goût pour les tenues affriolantes est révélateur d'un manque de pudeur. Et les individus autour d'Emma ne font pas semblant de ne rien voir ; ils commentent son manque de pudeur comme un comportement qui sort de l'ordinaire. Huston met en scène des individus dont les actes, les comportements et les profils psychologiques sont cohérents, sans avoir à tout expliquer. Et le comportement de Scott montre que cet aspect de la personnalité d'Emma a joué un rôle déterminant dans son attirance pour elle. Huston n'invente rien, il reprend un élément déjà utilisé par Ed Brubaker par exemple (dans
Divided we stand).
Enfin, Huston construit son récit avec un criminel irrécupérable qui explique ses motivations en large et en travers à la fin du récit. À nouveau, Huston utilise les codes des récits de superhéros, avec un supercriminel qui ne rêve que de détruire ou gouverner le monde. À nouveau, son écriture permet de redonner du sens à ce cliché éculé des comics. Derrière cette attitude stéréotypée du méchant qui dévoile tout son plan (également une facilité narrative pour le scénariste), les dialogues indiquent au lecteur que ce criminel est fou à lier, sans pour autant le dire explicitement. Le mode de rédaction d'Huston s'adresse à des adultes capables de comprendre par eux-mêmes ce qu'impliquent le comportement des personnages, leurs propos et leurs obsessions. Il part de la suspension consentie d'incrédulité du lecteur qui se plonge dans un récit de superhéros (existence de gugusses costumés avec des superpouvoirs, extraterrestres, vaisseaux spatiaux, etc.), et il développe un récit avec des individus au comportement adulte en mettant en avant les horreurs inhérentes à cette situation de départ, en parlant à des adultes. Ce parti pris peut déconcerter de prime abord car peu d'auteurs sont capables de ce mode de narration, et une ou deux situations mettent en conflit l'inanité du postulat de l'existence des superhéros, et des adultes presque normaux. Mais une fois dépassés ces moments paradoxaux, le lecteur plonge dans un thriller horrifique et brutal d'une force incroyable.
Contrairement à beaucoup de maxisérie, l'implication de Juan José Ryp ne faiblit pas au fur et à mesure des épisodes : il n'y a pas de baisse significative dans la densité de détails. Le lecteur retrouve donc cette obsession du détail, de la personnalisation de chaque individu, chaque tenue vestimentaire, chaque décor, chaque objet, etc. Mais en plus la capacité de Ryp à transcrire un langage corporel devient éclatante. Évidemment, Emma adopte des poses langoureuses ou provocantes, en cohérence avec sa personnalité extravertie et impudique. Évidemment, les postures de Logan traduisent sa bestialité, sa férocité et sa brutalité. Mais Ryp sait aussi dessiner des états d'esprit plus ambigus. À ce titre, les poses d'Alison Blair participent à décrire ses inquiétudes et son indécision à même hauteur que les dialogues. Les combats sont toujours aussi brutaux et graphiques. Ryp insère plusieurs visuels mémorables qui s'inscrivent dans une longue tradition de Wolverine toutes griffes dehors en leur rendant hommage, et en les dépassant. Comme Huston, Ryp ne recule pas devant les éléments spécifiquement superhéroïques, son rendu de Monark Starstalker est exubérant, baroque et ridicule comme il sied à cette tradition de superhéros de l'espace.
Ce tome se termine sur une superbe couverture variante de Mike Kaluta, dédiée à Captain America (aucun rapport avec le reste, mais magnifique).
Cette histoire en 2 tomes n'est pas pour tout le monde. Il s'agit d'un hybride entre le récit de superhéros et le thriller à la fois gore et horrifique. En fonction de vos goûts de romans, vous éviterez ce genre, ou au contraire vous vous en emparerez avec délice. Quoi qu'il en soit, les 2 créateurs (Huston et Ryp) s'adressent à des adultes, en respectant les codes des 2 genres ainsi mêlés. Le résultat n'est as au goût de tout le monde, mais il n'est ni fade, ni convenu, ni méprisant vis-à-vis du lecteur ou des personnages.