Polly Jean Harvey est une des rares artistes à avoir su rester mystérieuse et terriblement indépendante malgré un succès international d’envergure. Dix sept ans après son premier opus
Dry, et deux ans après son dernier effort
White Chalk, PJ Harvey revient avec ce disque au titre alambiqué,
A Woman A Man Walked By, avec ici son fidèle acolyte John Parish, qui a co-écrit, produit et réalisé l’album.
Et ce disque séduit d’emblée. Notamment grâce à son ambiance faussement décousue, véritablement bien sentie. Le quasi chamanique
« Sixteen, Fifteen, Fourteen » et son gimmick de guitare folk entêtant, le fantomatique et inquiétant
« Leaving California » ou le fragile
« April » donnent tout de suite le ton et imposent une certitude : PJ Harvey est en pleine forme, quel que soit l’état d’esprit dans lequel elle essaie de vous mettre au fil du tracklisting.
Enregistré entre Bristol et le Dorset,
A Woman A Man Walked By est un album aux coins pointus, et celui qui se frottera au chansons sans les écouter pourra se blesser : en effet, l’album s’avère illisible pour une oreille peu attentive, et parfaitement cohérent pour autant qu’on y prête la plus grande attention. Ainsi, le titre
« A Woman A Man Walked By / The Crow Knows Where All The Little Children Go », morceau véritablement malade du disque, est sans doute celui qui le résume le mieux.
Entre mélodies vocales implacables et arrangements ténus, instruments variés (ukulélé, cordes, pianos déglingués sortis tout droit d’un saloon), le disque excelle par son côté faussement foutraque et vraiment ingénieux, comme sur l’émouvant
« The Soldier » ou le violent
« Pig Will Not ». PJ Harvey ne s’essouffle pas sur ce neuvième album. Seule ou accompagnée par John Parish, la musicienne confirme ce que l’on savait déjà depuis un moment : elle reste l’une des figures incontournables du rock de ces deux dernières décennies. Une belle réussite.
Arnaud De Vaubicourt - Copyright 2013 Music Story