« Notre disque est un album de folk science-fiction … ». Patrick Watson n’est pas que Patrick Watson, mais un groupe montréalais dont le chanteur, fantasque et fêtard, s’appelle Patrick Watson. Patrick Watson n’est pas un groupe de rock au sens strict du terme, mais une troupe de musiciens (un quatuor, pour tout dire), fascinés par l’œuvre du compositeur contemporain Philip Glass, et dont le batteur, Robbie Kuster, s’est ingénié à élaborer un instrument, à base de pompes à vélo et autres percussions de poche, que l’on ne rencontre guère dans pareil contexte.
Patrick Watson n’est pas inconnu, qui a vendu son précédent album
Close To Paradise (2006) à cent mille copies, et est lauréat du prix Polaris du meilleur album canadien (l’argent de la prime leur aura en fait permis de rembourser une camionnette de tournée, détruite par distraction). Patrick Watson n’erre pas seul dans l’hiver canadien, invitant à les rejoindre à l’occasion de ce quatrième album rien moins que les chanteuses Lhasa (une magnifique chanson-titre au ton de confidence en valse européenne) et Katie Moore (rousse québécoise qu’on a pu entendre aux côtés de SoCalled ou Gonzales). C’est le moins, pour une session qui sanctionne un affinement certain de l’inspiration du groupe (les arrangements), mais une permanence de son goût pour les climats de l’étrange, construits à petites touches de marimba, banjo, et piano obstiné.
En fait, les chansons de Patrick Watson – composés à Montréal, et enregistrées en Islande - sonnent comme un Québec inventé, lorsqu’on en est éloigné de plusieurs milliers de kilomètres : suspendues au-dessus de mélodies en dentelles, brinquebalantes comme d’antiques charrettes, et surplombant les paysages lunaires de tous les étranges. Avec, de ci de là, quelques personnages surréalistes (le fabriquant d’instruments à mesurer dans le noir) qui sont des génies de la forêt, ou pas.
Wooden Arms s’avère in fine un journal de voyage, où se bousculent timbre de bicyclette (
« Beijing »), moiteur sudiste (
« Big Bird in a Small Cage »), et évocation de la richesse harmonique des Beatles (
« Tracy’s Waters »). Et donne envie de tailler la route, vers ces ailleurs de l’inventivité.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story