Oui,les pédophiles sont à traiter qu'on le veuille ou non, et qu'ils l'acceptent ou pas.
Kevin Bacon en incarne un, qui aime réellement les enfants, et qui veut guérir. Pouvoir voir et parler avec des enfants sans "y" penser. Un psy, un flic qui vient lui mettre la pression, une collègue à la scierie elle-même victime d'inceste quand elle était enfant (par ses frères), une petite fille (que son père tripote), vont le guider vers la guérison.
A la scierie où il travaille, une employée zélée fait sa police de la pensée elle-même, croyant bien faire. Sous la fenêtre de l'appartement de Walter, celui-ci découvre le manège inquiétant d'un type comme lui avant la prison, qui aime voir les enfants, mais Walter voit bien qu'après les bonbons, les enfants auront un tout autre "cadeau" en échange...
Avec Kyra Sedgwick (sa collègue à la scierie), qui ne le juge pas et fait face à l'horreur de ce qui fit Walter, l'homme découvre que l'amour, l'amour des enfants est plus fort que le pire des crimes et colle une dérouillée salutaire à celui qui aurait pu être lui des années auparavant. Car Walter a encore un fond de respect pour l'autre.
Ce n'est donc pas un film "angéliste" dont le propos serait simpliste: "les pédophiles sont des malades, soignons-les, et tout ira bien". Ni "pendons-les tous haut et court" (l'électricité c'est cher et pas écologique).
Entendons-nous bien: Walter, "le bûcheron", incarné avec finesse et profondeur par Kevin Bacon qui ne recule devant aucun sujet grave et aucune performance d'acteur éprouvante, EST UNE EXCEPTION. IL VEUT GUÉRIR, alors que quasiment tous le considèrent incurable et le renvoient à ce qu'il a fait. La femme, adulte, et l'enfant -Robin, abusée par son père- sauve le repenti à la dérive et qui met à l'épreuve sa capacité à dire non à ses pulsions infâmes.
Un film à voir et à revoir. Si le criminel veut guérir, il faut lui donner sa chance, certains, rarissimes, comme Walter, demandent pardon et voudraient n'avoir jamais existé. D'autres, tellement nombreux, vivent tranquillement, fondent un foyer, parfois se vantent et cultivent leurs crimes comme des plantes carnivores qu'ils admirent quand elles digèrent la mouche ou l'abeille. Pas d'Emile Louis ici, ni de Marc Dutroux, ou de Francis Heaulme. Pour ceux-là, perpétuité incompressible dans une cellule sans fenêtre, avec un fouet pour se défouler sur eux-mêmes, pas de visite.
Ici, le film offre une note d'espérance parce que l'amie de Walter, avec qui il emménagera, sait qu'il " y a du bon en lui".
Note d'espérance pour les cas rares de criminels qui doivent être surveillés et soignés.
Enfin , le film pose la question: "quelle est la pire chose que vous ayez faite? Comment vivre avec, se racheter?". Chacun peut se la poser.
Pas d'eau de rose donc, de l'encre, de la souffrance (victimes, et Walter).
Très bien filmé, et l'interprétation de Kevin et de Kyra Sedgwick (son épouse) est sans défaut, alors que la surenchère d'un côté comme de l'autre était possible. Bande son sobre, la VOST est sur le dvd. Nous nous reconnaîtrons dans la secrétaire qui croit bien faire en collant des affiches (de manière anonyme) avec le dossier de Walter dans la scierie pour que quelqu'un le tue, le passe à tabac. Il y a une multitude de monstres. Le mal est dans l'être humain. C'est l'histoire d'un homme qui veut s'affranchir de son mal, qui en connaît toute l'horreur inexpugnable, et qui refuse de l'excuser.
Kevin Bacon est le co-producteur du film.